7 Février 1986 – 7 Février 2023, 37 ans de brigandages politiques

7 février

7 février 1986, départ du Président Jean Claude Duvalier pour l’exil et chute du régime dictatorial des Duvalier après 29 ans de règne. Ce jour-là, le pays se lève dans un élan démocratique et d’allégresse au cri de vive la liberté, Haïti libérée, vive une deuxième indépendance.
Un Conseil National de Gouvernement (CNG) est installé à la tête du pays avec le Général Henry Namphy, Président du CNG du 7 février 1986 au 7 février 1988.

7 février

Après l’avortement des élections de novembre 87, le 7 février 1988, on a remis le pouvoir au Professeur Leslie F. Manigat qui en un si peu de temps a redressé la gouvernance du pays et a mis le cap vers le développement durable et la stabilité socio-économique.

Malheureusement, 5 mois après, Manigat est renversé par les forces armées d’Haïti et Namphy est nommé Président provisoire pour une deuxième fois. 3 mois plus tard, l’armée a renversé Namphy au profit du général Prosper Avril, Président provisoire de 17 septembre 1988 au 10 mars 1990.

Le 13 mars 1990, pour la première fois dans toute l’histoire contemporaine d’Haïti, le pays allait être dirigé par une femme. Madame Ertha Pascal Trouillot, du 13 mars 1990 au 7 février 1991, arrivait à faire la différence en organisant la plus belle et la plus grande élection démocratique en Haïti, le 16 décembre 1990 qui a été remportée haut la main par le leader charismatique de Saint Jean Bosco, le Père Jean Bertrand Aristide  » Ti Pè a « .

Le président démocratiquement élu n’allait pas passer longtemps au pouvoir, le 30 septembre 1991, 7 mois après son investiture, un coup d’état militaire l’a renversé au pouvoir et porté Jean Bertrand Aristide en exil durant 3 ans et le pays est placé sous un embargo commercial. Me Joseph Nerette est nommé président provisoire du pays de 1991 à 1992. Cette période du coup d’état 91 était très dur pour le pays sur le plan économique et politique avec une résistance populaire favorable au retour à l’ordre constitutionnel.

Le 19 juin 1992, on a remis le pouvoir à l’économiste haïtien de renommée internationale, Marc L. Bazin, parce qu’il a eu des grandes relations et de bonnes expériences avec la communauté internationale parce qu’il a travaillé durant des années à FMI. C’était un blanc noir, mais très apprécié par les élites du pays. Avec les mobilisations populaires et des crimes en série de l’armée d’Haïti et du groupe FRAPH de Toto Constant, Emile Jonassaint est nommé Président provisoire pour calmer la tension populaire de 1993 à 1994.

Le 15 octobre 1994, la prière de la population haïtienne est exaucée , le retour à l’ordre constitutionnel devient une réalité, Aristide est de retour au Pays escorté d’une force militaire étrangère de 20 000 hommes dans le pays.  » Nou pèdi 3 zan , nap tire 5 kan nan mouda koko rat yo ». C’était la chanson tube du carnaval 1995 du Samba lavassien King Kessy du groupe Koudjay.

Les élections de 1995 ont eu lieu, Aristide a remis le pouvoir à son marassa, son ancien Premier Ministre, René Garcia Préval de 1996 à 2001, un mandat full terme. Mais, il faut dire clairement que le premier mandat du Président Préval était un gouvernement de doublure, dirigé dans l’ombre par le baron de Tabarre.

En novembre 2000, une mascarade élection a été réalisée et malgré les contestations politiques , Aristide est réélu Président de la République d’Haïti.
Du coup, une série de mobilisation politique a vu le jour dans le pays au nom du Mouvement GNB pour contester la présence du leader lavalas au pouvoir. Le pays a connu 3 années consécutives de bouleversement politique , malgré le fameux projet de Jean Bertrand Aristide de commémorer en grande pompe le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti. Un projet bafoué et boycotté par les GNBistes qui étaient dans les rues même le premier janvier 2004 , le jour J. du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti.

Il faut signaler qu’à l’époque, l’opposition a installé dans l’ombre Me Gerard Gourgue comme président de transition en face du Président constitutionnel, Jean Bertrand Aristide qui allait être destitué au pouvoir avec l’aide de la Communauté internationale, spécialement la France pour avoir osé à soulever l’épineuse affaire de la dette de l’indépendance d’Haïti à travers des slogans  » Restitution et Réparation  » de 150 millions francs or en 1825 et qui était évaluée en Avril 2003 par Jean Bertrand Aristide à 21.685.135.571.48 us. Un montant qui a fait peur à la France et qui a coûté un deuxième coup d’état à Jean Bertrand Aristide en date du 29 février 2004 et un gouvernement provisoire a été installé avec Me Boniface Alexandre , Président provisoire et Gérard La Tortue, un blanc noir , Premier Ministre qui détenait tout le pouvoir et toutes les manoeuvres politiques.

À noter qu’une force d’intervention étrangère a établi dans le pays pour garantir la paix et la stabilité durant la période de transition. 2006, les élections ont eu lieu dans le pays, René Garcia Préval est réélu président au dépend du Professeur Leslie F. Manigat qui a fait une déclaration très mal appréciée par le gros de la population  » Que le chien retourne à son vomissure. « 
2010, à la fin du mandat présidentiel de Préval, un terrible tremblement de terre de magnitude 7,2 a ravagé considérablement le pays, faisant 300 000 morts, 1,5 million de déplacés internes et a détruit tous les principaux bâtiments publics de la région métropolitaine de Port-au-Prince et de la commune de Léogâne qui était l’épicentre du séisme.

Pour la première fois, Haïti allait bénéficier d’une solidarité agissante de la communauté internationale qui a jugé bon de reconstruire Haïti avec une enveloppe de près de 11 milliards de dollars us.
Malgré la situation humanitaire et catastrophique du pays, les élections ont eu lieu, la communauté internationale a imposé Joseph Michel Martelly comme président de la République au dépend de Madame Mirlande Manigat.

Avec l’arrivée du régime PHTK de Michel Martelly au pouvoir , c’est l’effondrement total des valeurs morales et républicaines du pays et l’instauration de la corruption et le gaspillage des fonds publics comme mode de gouvernance, sans pouvoir et vouloir organiser des élections pour le renouvellement de la classe politique du pays.

À la fin du mandat du Président Martelly , l’opposition se déchaine et les mobilisations gagnent les rues. Le 7 février 2016, le Président Martelly a remis le pouvoir au président du Sénat à l’époque , Jocelerme Privert, qui a organisé une élection du second degré en sa faveur pour garder le pouvoir de Février 2016 à 7 février 2017.

Les élections de 2016 ,malgré les protestations et les séances de vérification des fraudes électorales , le poulain de Michel Martelly , Jovenel Moïse est élu président d’Haïti à environ 500 000 voix.
Tout le quinquennat de Jovenel Moïse était le théâtre de mobilisation populaire anti gouvernementale à partir du 1er et l’unique budget 17- 18 de la république de Jovenel Moïse , surnommé  » Budget Criminel » à cause de l’augmentation du Prix de carburant.

6-7 juillet 2018, des milliers de gens ont gagné les rues pour protester contre le budget criminel et ce fut la malédiction du régime de Jovenel Moïse qui allait connaitre un quinquennat de manifestation non stop, surtout avec le Mouvement Petrochallenger qui demande compte de l’utilisation des $ 4,2 milliards us des fonds petrocaribe.

Malheureusement , les rapports de la commission d’enquête et anti corruption du parlement et de la Cour supérieure des comptes ont mentionné près de 69 fois le nom du Président Jovenel Moïse dans des cas de corruption et de dilapidation des fonds pétrocaribe. Après une baisse de régime du mouvement Petrochallenger pour une raison ou une autre, l’opposition politique a fixé la fin du mandat constitutionnel du président au 7 février 2021 et l’équipe au pouvoir ne partage pas cet avis.

La raison du plus fort est toujours la meilleure. Dans la nuit du 6 au 7 février 2021, le gouvernement a fomenté un coup d’état et procédé à l’arrestation des paisibles citoyens dont l’inspectrice de la PNH Marie Antoinette Gauthier, le Juge Ivickel Dabrésil , etc… Pour banaliser l’évènement, le président Jovenel se rendait au Carnaval de Jacmel.

Pour faire passer la honte, le secteur de l’opposition démocratique a procédé à l’installation du juge le plus ancien de la cour de cassation, Me Joseph Mécène Jean Louis qui ne pouvait pas même se tenir debout pour prononcer un discours de deux phrases en cette circonstance. Malheureusement, au même titre que Me Gérard Gourgue en 2001, Me Mécène restait dans les tiroirs sans pouvoir arriver à devenir le président réel de la transition , même après l’assassinat crapuleux du président Jovenel Moïse en sa résidence privée à Pèlerin 5, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.

Depuis lors, le pays est dirigé par un régime monocéphal avec un PM de facto , Dr Ariel Henry qui se comporte comme un monarque à la tête de l’état qui est totalement délabré , sans un président, un pouvoir législatif inexistant et un pouvoir judiciaire en lambeau.

37 ans après , Haïti est totalement en faillite et la mort flagrante de la démocratie et de toutes les institutions républicaines du pays. On peut dire tout simplement , 7 février 1986 – 7 février 2023, 37 ans de gaspillages et de bamboches politiques sans aucune leçon apprise.

Ulysse Jean Chenet

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