Miami, 29 septembre 2026 (Presslakay) — Martine Moïse a témoigné devant un tribunal fédéral de Miami dans le procès de Christian Emmanuel Sanon, poursuivi aux États-Unis dans l’affaire de l’assassinat du président Jovenel Moïse. L’ancienne Première dame est revenue sur la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à leur résidence de Pèlerin 5, sur ses derniers instants avec son mari et sur l’absence, selon elle, d’intervention des agents chargés de leur sécurité.
Devant les jurés, elle a raconté avoir été réveillée par des tirs vers une heure du matin. Jovenel Moïse lui aurait alors dit : « Chérie, nous sommes morts. » Elle a rampé jusqu’aux chambres de leurs enfants pour s’assurer qu’ils étaient en sécurité, puis leur a demandé de se cacher dans une salle de bain sans fenêtre. Elle est ensuite retournée auprès de son mari, refusant de le laisser seul. Selon son récit, le président a tenté de joindre plusieurs responsables de sa sécurité ainsi que Léon Charles, alors directeur général de la Police nationale d’Haïti. Atteinte par plusieurs projectiles pendant l’attaque, Martine Moïse a dit avoir entendu les assaillants parler espagnol pendant qu’ils fouillaient la chambre. À l’audience, elle a été submergée par l’émotion lorsque l’accusation a présenté des photographies de la scène du crime, dont une image du corps du président.
Elle a aussi souligné qu’aucun membre du dispositif chargé de protéger la résidence n’était intervenu pour secourir le couple pendant l’assaut. Lors du contre-interrogatoire, la défense de Christian Sanon a cherché à replacer l’assassinat dans le contexte des conflits politiques et économiques auxquels Jovenel Moïse faisait face. Martine Moïse a reconnu que son mari avait « beaucoup d’ennemis » et évoqué ses affrontements avec certains intérêts économiques puissants. Selon elle, le président voulait remettre en question des contrats et des privilèges dont bénéficiaient des acteurs de l’élite économique. La défense veut ainsi montrer que plusieurs personnes ou groupes pouvaient avoir des raisons d’écarter Jovenel Moïse du pouvoir, ce qui n’établit pas pour autant leur implication dans son assassinat.
Interrogée sur l’ancien président Michel Martelly et l’ancien Premier ministre Ariel Henry, Martine Moïse n’a formulé aucune accusation directe. Elle a renvoyé à l’enquête le soin d’établir d’éventuelles responsabilités. Christian Emmanuel Sanon, pasteur haïtiano-américain, plaide non coupable. Les procureurs fédéraux l’accusent d’avoir participé à un projet visant à écarter Jovenel Moïse du pouvoir et affirment qu’il comptait lui succéder. Sa défense reconnaît ses ambitions politiques, mais conteste qu’il ait eu connaissance d’un plan d’assassinat. Le procès doit se poursuivre avec la suite du contre-interrogatoire de Martine Moïse et l’audition d’autres témoins, appelés à éclairer les circonstances de l’opération du 7 juillet 2021.
Plus de cinq ans après les faits, ce témoignage ramène devant la justice américaine les dernières minutes du président et pose à nouveau la question de la sécurité de sa résidence. Une interrogation reste entière, au-delà de la responsabilité pénale des accusés jugés à Miami : qui a conçu, financé et ordonné l’assassinat du président haïtien ?