WASHINGTON, 24 septembre 2026 (Presslakay) — CNN, MS NOW et Politico ont commencé jeudi à retrouver l’accès à la Maison-Blanche, quelques heures après qu’un juge fédéral a ordonné à l’administration de Donald Trump de rétablir immédiatement leurs accréditations. Cette réintégration intervient au terme de plusieurs jours de confrontation entre la présidence américaine et les trois médias, soutenus par d’autres organisations de presse qui avaient pris des mesures de solidarité.
Donald Trump annonce l’exclusion de trois médias
L’affaire débute le vendredi 18 septembre, lorsque le président Donald Trump annonce sur son réseau social qu’il interdit à CNN, MS NOW et Politico l’accès à la Maison-Blanche. Il reproche aux trois organisations de diffuser ce qu’il qualifie de « fake news », de « fiction » et de « mensonges ». Par la suite, son administration invoquera également des préoccupations de sécurité nationale pour défendre la décision.
Dès le lendemain, la mesure devient concrète. Des journalistes des trois médias se présentent à la Maison-Blanche et découvrent que leurs accréditations ont été désactivées. Betsy Klein, de CNN, Akayla Gardner, de MS NOW, et Cheyenne Haslett, de Politico, figurent parmi les journalistes refoulés. Des badges sont également confisqués.
Les trois organisations contestent immédiatement la décision. CNN affirme qu’elle continuera son travail de contrôle de l’action publique, Politico annonce qu’elle défendra ses droits au titre du Premier amendement et MS NOW indique qu’elle prendra les mesures nécessaires pour défendre la liberté de la presse.
CNN, MS NOW et Politico saisissent la justice
Le lundi 21 septembre, les trois groupes engagent conjointement une procédure judiciaire contre l’administration Trump. Ils soutiennent que leur exclusion constitue une mesure de représailles fondée sur le contenu de leur couverture et viole notamment les protections du Premier amendement, ainsi que les garanties procédurales du Cinquième amendement.
L’administration défend une lecture différente. Devant le tribunal, un avocat du département de la Justice affirme que l’accès à la Maison-Blanche constitue un privilège et non un droit, et soutient que le président doit pouvoir prendre des mesures lorsqu’il estime que la sécurité nationale est en jeu.
Les avocats gouvernementaux citent notamment des reportages de CNN sur des éléments liés à des installations de la Maison-Blanche, un reportage de MS NOW concernant une enquête sur une fuite, ainsi qu’une publication de Politico contenant des informations relatives au financement et aux dispositifs de sécurité associés au projet de salle de bal de la Maison-Blanche. Les médias contestent que ces éléments puissent justifier leur exclusion.
D’autres médias se solidarisent
Le conflit dépasse rapidement les trois rédactions concernées. La White House Correspondents’ Association demande à l’administration de rétablir leurs accréditations, estimant qu’une règle permettant d’exclure une organisation en raison de sa couverture pourrait ensuite être appliquée à d’autres médias. L’Associated Press exprime également son soutien aux organisations exclues.
La solidarité prend ensuite une dimension opérationnelle. Les grandes chaînes participant au network press pool suspendent la fourniture de certaines images des activités présidentielles. ABC, CBS, NBC et Fox News, qui n’avaient pas elles-mêmes été bannies, participent à cette action. Lors de certains déplacements ou événements de Donald Trump, leurs journalistes restent présents mais ne tournent pas les images normalement destinées au partage avec l’ensemble du pool.
Parallèlement, une coalition d’organisations défendant la liberté de la presse et de médias, dont Reuters, dépose un mémoire devant la justice en soutien aux trois plaignants.
Un juge nommé par Trump intervient
Dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 septembre, le juge fédéral Timothy J. Kelly, nommé à la magistrature fédérale par Donald Trump en 2017, accorde aux trois médias une ordonnance restrictive temporaire de 14 jours.
Le magistrat ordonne aux responsables de l’administration, à l’exception du président lui-même, de « immediately return, reinstate, and restore » les accréditations permanentes (hard passes) des journalistes concernés.
Kelly estime que CNN, MS NOW et Politico ont démontré une probabilité suffisante de succès sur leur argument selon lequel leurs badges ont été retirés sans procédure adéquate, en violation de leurs droits procéduraux protégés par le Cinquième amendement. Il exprime également des réserves sur l’argument de sécurité nationale avancé par l’administration, relevant que Donald Trump avait initialement justifié son interdiction par ce qu’il considérait comme une couverture fausse ou négative.
L’ordonnance ne tranche toutefois pas définitivement le litige sur le fond : elle suspend temporairement l’interdiction pendant que la procédure judiciaire se poursuit.
Malgré l’ordonnance, des journalistes sont encore refoulés jeudi
Un nouvel épisode survient quelques heures seulement après la décision.
Jeudi matin, des journalistes de CNN, MS NOW et Politico tentent de retourner à la Maison-Blanche mais sont encore empêchés d’entrer. Politico indique notamment que l’accréditation de l’un de ses journalistes a été confisquée. MS NOW signale également un refus d’accès, tandis que CNN rapporte que certains membres de son équipe n’ont pas pu pénétrer sur le site.
Les trois médias saisissent alors de nouveau le juge en urgence, affirmant que son ordonnance n’est pas respectée. Kelly demande à l’administration de répondre à ces accusations avant 12 h 30, heure de Washington, jeudi.
La journaliste de MS NOW Laura Barrón-López, qui avait été bloquée, souligne alors qu’il n’est pas encore possible de déterminer si l’incident résulte d’un problème technique dans le système d’accès ou d’un refus d’exécuter l’ordonnance.
L’accès commence finalement à être rétabli
La situation évolue autour de midi. CNN confirme que Betsy Klein peut de nouveau entrer dans le complexe de la Maison-Blanche après plusieurs tentatives infructueuses dans la matinée. Des journalistes de MS NOW retrouvent également leur accès.
Les informations disponibles jeudi indiquent ainsi que l’ordonnance judiciaire est désormais en cours d’application et impose la restauration des accréditations de CNN, MS NOW et Politico. La bataille judiciaire, elle, n’est pas terminée : la mesure prononcée par Timothy Kelly est provisoire et doit rester en vigueur pendant 14 jours, sauf nouvelle décision du tribunal.
En moins d’une semaine, une décision présidentielle visant trois rédactions s’est ainsi transformée en confrontation judiciaire sur les limites du pouvoir de la Maison-Blanche face à la presse. Pour l’heure, CNN, MS NOW et Politico disposent d’une protection judiciaire temporaire leur permettant de reprendre leur couverture depuis la présidence américaine. Le tribunal devra encore examiner le fond de l’affaire, notamment les arguments relatifs à la liberté de la presse, au traitement différencié des médias et aux garanties procédurales entourant le retrait d’une accréditation.
Presslakay