Conflit Haïtiano-Dominicain autour de la rivière Massacre : l’ombre d’un nouveau massacre contre les paysans haïtiens

URGENCE DROIT DE L’HOMME EN HAÏTI

Dans ce contexte de conflit diplomatique entre Haïti et la République Dominicaine, diverses personnalités de tous les secteurs d’activités se positionnent. Dans le pays comme partout ailleurs, diverses structures se donnent le droit de pencher sur la question. C’est le cas de l’Urgence Droit de l’Homme en Haïti (UDHH). À travers un document rendu public, mercredi 13 septembre 2023, l’organisation alerte sur un éventuel massacre que ce conflit diplomatique pourrait provoquer au regard de l’histoire de la relation de ces deux pays.

À mesure que la construction du canal sur la rivière Massacre à Ouanaminthe se poursuit, c’est autant que la colère des autorités dominicaines augmentent. Malgré les mesures adoptées par ces dernières en vue de freiner l’élan des paysans haïtiens qui n’entendent pas lâcher l’affaire, les travaux continuent bon train et ce, afin d’irriguer la plaine Maribaroux. La République Dominicaine, étant l’un des principaux fournisseurs du pays en denrées alimentaires, celle-ci ne peut en aucun cas encourager un projet haïtien visant à relancer l’agriculture dans ce pays en proie à une crise socio-économique et sécuritaire délicate. Un telle initiative dérangera à coup sûr les intérêts dominicains, selon l’avis de certains spécialistes dans le domaine. De ce fait, tous les moyens sont bonnes pour stopper la construction du canal. C’est dans cette perspective que l’Urgence Droit de l’Homme en Haïti (UDHH) a proposé un document dans lequel l’organisation met en évidence une éventuelle attaque de l’armée Dominicaine contre les paysans haïtiens dans la commune limitrophe à la frontière. Dans cet article, nous proposons l’intégralité du document publié par l’UDHH.

“Depuis leur naissance, Haïti et la République Dominicaine vivent dans une tension constante. D’abord, en tant que colonies de deux puissances coloniales antagoniques ( France & Espagne). En suite, en tant que Républiques libérées du colonialisme et de l’esclavagisme brutal du XIXème Siècle. Le traité de Ryswick de 1697 et celui d’Aranjuez de 1777 marquent les vives controverses qui s’installaient sur l’Ïle avant le XIXème Siècle. Avec l’allégeance de la Dominicanie au gouvernement de Boyer en 1821, il a fallu attendre l’arrivée du dictateur Rafael Leonidas Trujillo pour inaugurer de nouveaux conflits Haïtiano-Dominicain. Animé d’un sentiment sanguinaire et xénophobique à l’égard des Haïtiens, en octobre 1937, Rafael Leonidas Trujillo a fait massacrer plus de 35 milles Haïtiens sur la rivière de massacre à Dajabon. Récemment, en date du 23 Septembre 2013, la cour constitutionnelle de la République Dominicaine a publié l’arrêt TC/0168-13 pour dénationaliser tous les dominicains descendances Haïtiennes nées à partir de 1929. Cette démarche s’inscrit dans la logique du génocide de 1937 le long de la rivière massacre perpétré par Trujillo.

Aujourd’hui, autour de la rivière massacre, se profile l’ombre d’un nouveau massacre contre les paysans de la plaine maribahoux. Cette énième controverse s’ouvre avec la décision des paysans de la plaine maribahoux de tirer l’eau de ladite rivière frontalière pour l’arrosage de plus de 3000 carreaux de terre. Les autorités dominicaines qui ont déjà tiré onze (11) prises sur cette rivière révolte contre la décision des paysans de la plaine maribahoux. Pour illustrer leur démarche, les autorités Dominicaines ont brandi l’article du 10 du Traité de Paix, d’Amitié et d’Arbitrage signé à Saint-Domingue en date du 30 février 1929. L’article stipule : En raison de ce que les rivières et autres cours d’eau naissent sur le territoire d’un des Etats , traversent sur le territoire de l’autre ou leur servent de limites, les deux hautes parties contractantes s’engagent à ne faire ni consentir aucun ouvrage, susceptible soit de changer le cours naturel de ces eaux , soit d’altérer le débit de leurs sources. Le deuxième alinéa stipule : Cette disposition ne pourra s’interpréter de manière à priver l’un ou l’autre des deux Etats du droit d’user d’une manière juste et équitable, dans les limites de leurs territoires respectifs , desdits rivières et autres cours d’eau pour l’arrosage des terres et autres fins agricoles et industrielles.

Pour freiner et bousculer les paysans de la plaine Maribahoux, les autorités ont fait une interprétation partielle et fausse de ce traité. Selon elles, avec cette prise d’eau sur la rivière massacre, les paysans voudraient changer le cours naturel de ladite rivière. La République Dominicaine a déjà onze (11) prises sur la rivière. Jusque-là, ces onze (11) prises ne changent pas son cours naturel. Comment la seule prise d’eau des paysans de la plaine maribahoux pourrait changer son cours naturel? Jamais. En second lieu, les autorités dominicaines critiquent les Haïtiens de n’avoir pas concerté avec elles avant de poursuivre l’ouvrage agricole sur la rivière massacre. Croyez-vous que ces dernières ont consulté les Haïtiens avant de tirer onze (11) prises sur la rivière massacre ? Jamais.

Après plusieurs menaces sans succès, les autorités dominicaines ont décidé de fermer la frontière Dajabon et suspendre de livrer de visa aux Haïtiens. Par ces mesures, les autorités dominicaines comptent forcer les paysans de la plaine de maribahoux de suspendre l’œuvre sur la rivière massacre. Ces mesures, bien que relèvent de la souveraineté absolue de l’Etat Dominicain, violent l’article 5 du Traité de Paix, d’Amitié, d’Arbitrage signé à Saint-Domingue En février 1929. L’article stipule, en cas de controverse entre les deux parties contractantes, : l’arbitre ou tribunal qui décidera la controverse sera désignée par un accord entre les parties. A défaut d’un accord, il sera procédé de la manière suivante : Chaque partie nommera deux arbitres dont un seul peut-être un national de ladite partie, ou choisi parmi les personnes que ladite partie désignées, comme membre du tribunal permanent d’arbitrage de la Hayes, l’autre membre peut-être de n’importe quelle autre nationalité américaine. Ces arbitres choisiront à leur tour un cinquième arbitre qui sera le président du tribunal.…

L’article 18 du Traité sur la Délimitation de la Frontière Haïtiano-Dominicaine de 1929 s’inscrit dans la même démarche de l’article 5 du Traité de paix, d’amitié, d’arbitrage signé à Saint-Domingue en février 1929. En cas de controverse, les deux parties doivent se référer à une commission arbitrale pour vider les conflits. Dans le conflit opposant la République Dominicaine et la République d’Haïti autour de l’usage de la rivière massacre, les autorités dominicaines ont fait fi des mécanismes prévues par la loi à cet effet. Elles préfèrent recourir à des sanctions économiques unilatérales et brandissent son artillerie militaire contre le peuple Haïtien. Par ces démarches, les autorités dominicaines s’éloignent de l’Etat de Droit.

Les controverses entre les deux pays prennent source du souci hégémonique de la République dominicaine par rapport à la République d’Haïti. Par rapport à certains contentieux historiques, la Dominicanie manifeste toujours le désire de domination économique et politique d’Haïti. Malgré les contributions des Haïtiens à la production de la richesse en République Dominicaine, les élites de ce pays tuent toujours dans l’œuf tout élan de la communauté Haïtienne en République Dominicaine. Elles se servent de la main d’œuvre servile Haïtienne pour prendre de la hauteur, et leur rejette après. Les rejets se manifestent par le massacre, la dénationalisation et la saisie de certains biens appartenant même aux dominicains de souches Haïtiennes , se référant à l’article 17 alinéa 2 du traité sur la délimitation de la Frontière Haïtiano-Dominicaine.

La velléité des paysans de la plaine maribahoux de tirer l’eau de la rivière massacre peut freiner les prétentions de dominations de la république Dominicaine. Les paysans Haïtiens, conscients de leur force et de l’humiliation abjecte quotidienne dont ils font l’objet dans les champs en République Dominicaine se prépareraient à retourner en Haïti. Ce sera un grand coup pour la République Dominicaine qui se serve de la main d’œuvre serviles des compatriotes Haïtiens. Ensuite, dans le cadre d’une économie de substitution, l’importation des produits agricoles en direction de la Dominicanie seront réduits dans les prochaines années à la réussite de ce projet.

Pour freiner l’élan des paysans Haïtiens, les autorités dominicaines peuvent recourir à la force des armes après avoir essayé les armes économiques sans succès. Déjà, sur ce dossier, le gouvernement Haïtien garde le silence. La mobilisation des paysans de la plaine maribahoux est sans pareil. Ils sont prêts à tout pour continuer l’ouvrage. Dans cet état de fait, nous voyons l’ombre d’une énième massacre de la dominicanie contre les paysans Haïtien. De ce fait, nous proposons : – L’exploitation équitable de la rivière massacre entre les deux pays de l’île.

Mise en place d’une cour arbitrale ad hoc selon l’article 5 du traité de février 1929 pour vider le contentieux.- Apport sécuritaire, financier, technique de l’Etat aux paysans de la plaine maribahoux.

Wilson SAINT-BRUN Coordonnateur Général UDHH

        

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