Décret portant création, organisation et fonctionnement du Conseil-Présidentiel (CP) : un monstre à sept têtes.

Samuel Madistin avocat, Défenseur droit de l'homme, Homme politique

Par Me Samuel Madistin

Le projet de décret portant création, organisation et fonctionnement du Conseil-Présidentiel (CP) vise à créer un monstre à sept têtes. Il est inacceptable pour les raisons suivantes :

Le décret accorde plus de pouvoirs au Conseil présidentiel (CP) que ceux conférés par la Constitution au Président élu au suffrage universel direct en Haïti depuis 1987. Ce décret rejoint la tradition du présidentialisme abandonnée depuis la chute de la dictature des Duvalier.


Le décret crée six super ministres portant le titre de conseiller présidentiel ; ils concentrent en leurs mains le pouvoir conféré au président de la République et, en même temps, disposent du pouvoir de coordonner les activités des monstres placés sous leur tutelle.


Le décret écarte le Consensus de la CARICOM qui a donné naissance au CP en en éliminant les critères liés à l’acceptation de la résolution du Conseil de sécurité pour le déploiement de la Force Multinationale, les cas d’inculpés et de sanctionnés pour faire partie du CP.


Le décret élimine la velléité de ceux qui travaillent ou vivent à l’étranger pour devenir Premier Ministre de la transition par le critère de résidence au pays dans les cinq années qui ont précédé la mise en place du CP.


Le décret prévoit des salaires pour sept présidents.


Le décret accorde au CP le pouvoir de contraindre le premier ministre à la démission pour des cas de présomptions graves d’agissement criminel et de corruption dûment constatées ou sur présentation de dossiers documentés de déficit de gouvernance contrairement à la Constitution qui refusait ce pouvoir au chef de l’état élu. Donc, il organise la vulnérabilité du PM.


Le décret ferme la voie à tout citoyen qui n’est pas du même clan politique des structures formant le CP pour devenir PM de la transition. Donc, elles se partagent le pouvoir.

Le décret représente une œuvre d’illuminés politiques, de rêveurs inconscients de la gravité de la situation politique, sécuritaire et économique actuelle en écartant sciemment toute formule de coopération avec l’international pour nous aider à sortir du bourbier en créant les conditions pour la reprise, au plus vite, de la souveraineté nationale. Il ne tient pas compte de la balkanisation de l’État et de la nécessité d’une coopération intelligente pour pacifier le pays par le rétablissement de l’ordre public et de la tranquillité des rues.


Le décret portant création, organisation et fonctionnement du CP, s’il est publié, va constituer un élément d’aggravation de la crise.


Les membres du Conseil prêtent individuellement le serment réservé au Président de la République. Donc, on a sept présidents.


Le décret crée la fonction de cabinet sectoriel placé au-dessus des ministères et présidé par les membres du CP.

Soyons raisonnables ! La comédie a trop duré. Le peuple souffre. La Cour de cassation est le moins mauvais choix pour sortir de la crise.

Me Samuel Madistin

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