Haïti-Insécurité: des paysans de l’Artibonite entre enclume et le marteau

Riz l'Artibonite

La situation d’insécurité qui souffle dans le département de l’Artibonite a des conséquences néfastes sur la situation des planteurs. Ajoutée à l’insécurité, la sécheresse qui bat son plein sur le pays entrave un peu plus la situation des planteurs dans ce département. André Saint Louis, un leader paysan s’est confié à notre rédaction.

Riz l'Artibonite

Plusieurs associations de planteurs font face à cette situation difficile qui entrave le travail des paysans qui n’ont que la terre. En effet, les exactions des gangs comme « Gran Grif & Kokorat San Ras » paralysent les activités commerciales et agricoles dans des zones. Des régions comme l’Éstère, Petite Rivière de l’Artibonite, Verrettes, Deschapelles, Liancourt et Pont Sondé entre autres sont sous l’emprise des groupes armés.

Le coordonnateur du Réseau des Organisations pour l’intégration des Planteurs du Bas-Artibonite, André Saint Louis souligne que depuis que les hommes armés reprennent du service dans le département, les paysans fuient les terres et se réfugient dans les communes les plus sécuritaires. Dans certains cas, même les policiers ont abandonné les commissariats pour se protéger contre les groupes armés qui font la loi dans le département.

 » Les paysans ne savent pour le moment à quel saint s’adresser. Le seul espoir était la police mais pour le moment la police est absente. La population est livrée à elle-même. On est dans la période de plantation de pois, du riz entre autres. Les paysans font face à toutes les peines du monde pour se rendre à leur champs.

La sécheresse l’autre défi des paysans

Selon le leader paysan André Saint Louis, c’est la première fois que l’Artibonite fait face à une telle sécheresse. Selon lui, deux raisons expliquent cette situation.

D’abord, en raison de la présence des gangs dans des zones, il est impossible de nettoyer les canaux d’irrigation dans certaines zones. Donc les terres ne sont pas arrosées, se désole t-il.

Le deuxième problème signalé par André Saint Louis c’est qu’au niveau du barrage Péligre, en raison du débit insuffisant de l’eau pour fournir de l’électricité, les responsables n’ont pas laisser couler l’eau pour arroser les jardins. « Nous les planteurs, le problème est à nous », a t-il expliqué.

« La sécheresse nous tue. Les paysans qui vivent exclusivement de leurs jardins ne peuvent même pas s’y rendre. Lorsqu’on sait ce que représente la vallée de l’artibonite dans l’économie nationale, on peut se demander le niveau d’implication de l’État dans ces événements qui se produisent dans ledit département d’autant que l’État n’a rien fait pour accompagner les paysans », dénonce le coordonnateur du Réseau des Organisations pour l’intégration des Planteurs du Bas-Artibonite.

« Il faut sauver l’Artibonite »

Selon une étude réalisée par la radio France Internationale, en 2014, pas moins de 90 mille personnes étaient impliquées dans la production du riz dans l’Artibonite. Stephanie Schueller qui avait réalisé le travail avait aussi évoqué l’importance de la filière du riz dans l’économie haïtienne.

Même si elle avait aussi souligné que c’est le riz importé qui est consommé à plus de 80% dans le pays. Mais de 2014 à 2023, même si on n’a pas les chiffres, ce sont plusieurs milliers d’habitants qui ont quitté les terres en raison des problèmes liés à l’agriculture dans ce contexte difficile.

Donc, face à cette descente aux enfers de ce département qui est considéré comme le grenier de l’économie nationale, le leader paysan appelle les autorités à sauver l’Artibonite de la main des bandits.

Car dit-il: « Aujourd’hui il est plus facile d’inviter un jeune à rejoindre un groupe armé qu’à lui demander de venir cultiver la terre ».

Il faut que cela change pour redonner au département de l’Artibonite le visage qui est le sien.

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