Haïti-Société: La mendicité, un phénomène mal vu en Haïti mais qui rapporte de l’argent

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Dépouillé d’emploi ou d’un petit boulot dans un pays comme Haïti, souvent ça vous oblige à se jeter dans de situations indésirables. Telle que la mendicité. À preuve, selon un rapport publié en 2016 par un organisme international, maximum deux personnes sur 10 ont accès à 1 dollar américain par jour. Une telle conjoncture ne vous laisserait peut-être pas indifférent. Et, quelle solution à envisager afin d’en trouver un sou pour une meilleure survivance?

Depuis l’agonie de la dictature des duvalieristes (1957–1986) et surtout avec l’amincissement radical de la production nationale, le pays s’est livré à une montée en puissance du niveau de pauvreté, la succession répétée et continue de nos dirigeants « novice » et les mauvaises décisions de l’État en sont peut-être responsable. Les gamins et adultes pour ne pas citer les vieux, se sont tous astreints à une profession qui au fil du temps prend le galon parmi ceux qui rapportent de l’argent en Haïti. Il s’agît bien de la mendicité, une profession très lucrative et libérale pour ceux qui l’adhérent dans sa vie de personne.

Selon un dictionnaire français disponible sur playstore et annoté en Mars dernier, la mendicité se définit comme étant état d’indigence qui amène à mendier.

Nous sommes à Cité Soleil, commune du département de l’Ouest où il est 10h 36 du matin d’un lundi 22 juillet 2019, aux alentours d’un poste de police situé à proximité de la station menant dans le grand Nord du pays où on a pu approcher un jeune homme âgé de 24 ans portant une casquette bleue et muni d’un survêtement noir pour en recueillir quelques propos ayant rapport à ce qu’il pratique comme profession dans sa vie de personne. Sans détour et sans langue de bois, René Joseph du pseudo ti jèn, nous a livré un entretien.

Questionné autour de la raison qui l’a aiguillé à devenir mendiant, Tijèn a pointé du doigt l’État haïtien qu’il accuse d’être responsable des principaux maux de la masse défavorisée en Haïti qui n’a rien fait pour améliorer les conditions matérielles d’existence des habitants à un moment où le pays est frappé par une grave crise alimentaire chronique. Selon lui, depuis l’âge de 14 ans, faute de moyens économiques pour payer les frais de leur scolarité estimés à 4250 gourdes à l’époque, il était dans l’obligation d’emprunter cette voie qui l’a fait affronter pas mal de déceptions et d’humiliations. Mais à tort ou à raison, il a pu maintenir le cap pour en tirer un minimum de profit, dit-il d’un visage désespéré. Grâce à cela, Tijèn a pu grappiller les cinq gourdes et l’ont mis tous ensemble et aujourd’hui il est propriétaire de deux motocyclettes de marque « Haojin « et surtout copropriétaire d’un tap-tap assurant le trajet Delmas-Pétion-Ville. Par jour, René Joseph dit avoir la possibilité de collecter au moins 500 gourdes. Une semaine compte 7 jours, donc on pourrait imaginer de quoi ça lui rapporte pendant une année.

Poursuivi à notre kyrielle de questionnements, on a eu le filon à communier quelques grains de mots à un personnage âgé de 69 ans visiblement abattu par les mauvais traitements de la vie, d’un visage désespéré et accablé, Michel Jean a pour sa part essayé de gloser sa traversée dans ce domaine mal vu en Haïti. Depuis plus d’une quinzaine d’années, il fréquentait les différentes contrées de la capitale en vue de mentir pour essayer de survivre. Sans cette assiduité devenue aujourd’hui un fait quotidien pour lui, ses trois enfants n’auraient nullement l’aubaine d’apprendre les vingt-six lettres de l’alphabet français. Actuellement, mon premier garçon est en deuxième année à la faculté d’Agronomie de Damien, Rassure Michel Jean d’un ton ferme et esperé. Ce dernier a fait savoir que la misère et le mépris de ses proches l’avaient condamné à devenir un mendiant en voulant éviter de ne pas être un braqueur ou fauteur de troubles car il se battait incéssemment pour maintenir non seulement sa dignité mais aussi l’avenir de ses enfants.

Sous couvert de l’anonymat, une jeune dame avec des bracelets portant la marque d’Haïti a affirmé à notre rédaction que nombreux parmi ceux qui pratiquent cette activité ont vraiment tiré du profit en faisant des biens à port-au-prince ou en dehors de la capitale. Ils ont des tap-tap assurant des trajets à travers toute l’étendue du département de l’Ouest et possédant des lopins de terre dans leur région d’origine.

Aux Gonaïves, un matin du 5 Août 2019, près de la Cathédrale de la Cité de l’indépendance trouvant des gens qui pratiquent de la mendicité, une vieille dame qui ne sait même son âge, nous a parlé de sa traversée dans cette activité.

Selon lui, même si ce phénomène est mal vu aux yeux de ceux qui le ne pratiquent pas, elle n’a pas d’autre choix que de se faire car, dit-elle, c’est grâce à la mendicité qu’elle est parvenue à envoyer ses enfants à l’école et surtout arriver à construire deux pièces de maisons sur une portion de terre aux Gonaïves qu’elle avait achetée dans la localité de Trouble Sable lorsqu’elle commençait à pratiquer cette profession sous le front de grandes déceptions.

« j’ai commencé avec cette pratique depuis les années de 2001. Grâce à cela, mes 5 enfants et mes 3 arrières enfants sont allés à l’école régulièrement. J’ai fini par comprendre l’importance de la mendicité même si certains qui nous regardent à mendier ont souvent de mauvaises impressions vis à vis de nous. Mais on n’a pas d’autre choix. » a avoué, la vieille dame.

Interrogé jusqu’à quand elle continuera à mendier, la vieille dame portant un chapeau artisanal et des sandales déchirés, nous a parlé ainsi » Bon, mon fils, je souhaite quitter cette activité en raison des douleurs ressenties au dos. Mais avant, j’ai commencé à rassembler un fond pour envoyer l’un de mes enfants au Brésil, dès que j’aurai terminé à cela, je mettrai fin à cette pratique mal vue en Haïti. D’ici 2020, je pense à m’arrêter. » a argumenté, la dame qui semble toucher l’âge de 70 ans.

Donc si on prend en compte les témoignages de gens susmentionnés, on pourrait dire que ce métier mal vu dans le milieu haïtien rapporter gros aux gens qui le pratiquent même s’ils ont avoué à notre rédaction qu’ils ont essuyé de nombreuses déceptions durant leur vie.

RICHEMOND Johnson

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