Haïti-Société: la vie de Jacqueline après avoir été kidnappée à deux reprises

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De nombreuses familles haïtiennes ont connu cette triste réalité. Elles ont au moins un membre qui a connu l’enfer du kidnapping. Si tant bien que mal certaines familles ont fait flèche de tout bois pour payer la rançon exigée, après le paiement de cette rançon, elles sont plongées dans la misère la plus abjecte. Jacqueline, 35 ans, mère de deux enfants, en a fait l’expérience à deux reprises. Et à chaque fois de fortes sommes d’argent ont été versées en échange de sa libération. Elle revient sur cette triste histoire non sans larmes.

Kidnapping en Haïti
le phénomène du kidnapping gangrène Haïti notamment la capitale (Port-au-Prince)

« C’était un jeudi. Je revenais de mon boulot. Un véhicule de plaque service de l’État a fait écran devant mon véhicule. Soudain, trois hommes armés ont pointé sur moi. Ils m’ont intimé de descendre. Je descends et ils m’ont fait monter dans l’autre véhicule. Cela s’est passé non loin de Bois Verna, alors que je devrais me rendre à  Delmas », se souvient encore Jacqueline.

 » La deuxième fois c’était exactement à Bois Verna. Toutes les deux fois, j’ai été conduit à Grand Ravine. Le traitement n’a pas été mauvais par rapport aux témoignages de certaines autres personnes enlevées. Cependant, ils ont mis de la pression sur mes proches pour que la rançon soit payée. Ils me donnaient la garantie qu’ils n’allaient pas me tuer encore moins me violer », poursuit la jeune mère.

La famille de Jacqueline a dû vendre d’abord une maison située dans les hauteurs de Delmas pour payer la rançon. Pour la deuxième, elle explique que des amis, des proches de sa famille vivant à l’étranger ont porté mains fortes pour payer sa libération.

« Je suis devenue pauvre. La famille n’a plus rien. Mon mari a dû vendre tout ce qu’il avait en sa possession pour acheter au prix fort de ma liberté. Avant, on avait une belle maison de plusieurs chambres. J’avais une entreprise que j’ai monté avec mon mari. Aujourd’hui, tout a disparu. On a tout dépensé », poursuit-elle avec des larmes aux yeux.

Un ami de la famille est à l’origine de ses deux enlèvements

Comptable de profession, Jacqueline qui travaillait dans une prestigieuse institution privée de la place dit être au courant de ce qui lui était arrivé en moins d’un an. Elle parle d’un ami de la famille qui était au courant de ses va et vient.

« Ce n’est pas toujours facile de raconter ces genres de choses qui me hantent encore l’esprit. Nous sommes bien au courant de ce qui s’est passé. C’est un ami de la famille qui était derrière tout cela. Juste parce qu’il entendait quand nous discutons affaires à la maison. Il a planifié avec les malfrats de me mettre sous leurs  projecteurs. C’est celui qui a donné aux bandits mon itinéraire. C’est lui qui a fait la description de ma personne à ses amis, alors que moi et mon mari nous ignorons tout », regrette Jacqueline ajoutant que les plaintes déposées à la DCPJ sont restées lettre morte.

Laisser Haïti avec sa famille, la seule alternative de Jacqueline

L’insécurité a chassé de nombreuses familles du pays. Celles de la classe moyenne se réfugient en République Dominicaine et dans d’autres pays de l’Amérique Latine. Ainsi, Jacqueline qui a connu le malheur du kidnapping veut elle aussi partir.

 » La vie ne vaut plus la peine d’être vécue en Haïti. Comment vivre dans un pays avec autant de peur? Comment peut-on vivre dans un pays qui a des dirigeants qui laissent autant de champs aux gangs pour terroriser une population? », se demande-t-elle.
Comme d’autres haïtiens ayant déjà quitté le pays, elle rêve de partir au plus vite.

En dépit de tout, Jacqueline a eu la chance de ne pas être parmi les femmes qui ont été violées, brutalisées par les kidnappeurs ni les personnes dont un proche a été également séquestré au moment d’apporter la rançon.

Il faut rappeler que pour l’année 2022, les cas de kidnapping ont augmenté de 58%  au premier trimestre selon les chiffres fournis par le Centre d’Analyse et de Recherche en Droit de l’Homme. Si du côté de la Police, elle précise qu’au mois de mai, il y avait calme cela n’a pas empêché que nombreux cas ont été enregistrés.

Ainsi, comme Jacqueline, de nombreuses autres familles sont pour le moins déshéritées suite à l’enlèvement d’un de leurs membres. D’où plus d’un se demande à quand la fin de ce phénomène qui a déjà détruit l’économie de nombreux ménages.

N.B Jacqueline est un nom d’emprunt utilisé pour protéger l’identité de la dame qui s’était confiée à nous.

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