Haïti: vivre au milieu des civils armés, les confidences d’un résident de Canaan

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Cette cité créée au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010 est devenue, depuis quelques mois, un enfer pour les usagers de la nationale numéro 1. Des morts, des personnes kidnappées, des familles déshéritées depuis que cette localité située au Nord de Port-au-Prince a pris une telle envergure. Mais d’autres qui ne savent vers qui aller, partagent leur quotidien avec les civils armés. Evens, un résident de la zone revient sur la vie dans cette localité.

Canaan transformé en répère de bandits armés
Canaan transformé en répère de bandits armés

 » Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, ma maison a été détruite. Au nombre des déplacés pour se réfugier à Canaan, j’étais l’un d’entre eux. Je suis dans la zone depuis 4 mois après le séisme. Il s’agissait d’une zone paisible, où chacun s’évertue à rechercher la vie sans déranger l’autre », se souvient Evens, on est en 2012.

Au fil des années, le quartier de Canaan où s’est réfugié plusieurs milliers de familles s’est métamorphosé. Une transformation qui est causée par les autorités, de l’avis du natif du Sud.

 » Lorsque les gens se sont réfugiés à Canaan, à la recherche d’une paix pour fuir les bétons au lendemain du 12 janvier, il n’y avait aucun accompagnement des autorités. l’État était totalement absent. Certains parmi les déplacés, une fois arrivé là-bas, ont vendu des terrains à des particuliers, pour ensuite les revendre et proférer des menaces à ceux qui les ont achetés. Malgré les plaintes, les autorités n’avaient rien fait. C’était déjà une fenêtre ouverte pour mettre la localité aux mains des malfrats », souligne Evens qui habite encore la zone avec sa femme et ses enfants.

Le stress de partager son quotidien avec les malfrats

Croix-des-Bouquets, Martissant comme Canaan ne sont pas habités uniquement par des hommes armés. Il y a des membres de la population civile. Et dans chacun des cas cités, il y a des membres de la population soient qui acceptent de collaborer avec les civils armés ou qui n’ont pas de moyens à quitter l’espace. Et Evens se trouve dans cette deuxième catégorie.

 » Lors de mon arrivée, j’avais fait de mon mieux pour construire deux chambres. Dans mon voisinage, tout se passe. On voit quand ils arrivent avec les gens qu’ils ont kidnappé. On voit tout. Tout se passe sous tes yeux. Vous ne pouvez pas dénoncer. Par peur, des fois vous faites mine de ne rien voir ou comprendre. Tout autre comportement serait synonyme d’exécution par ses hommes qui connaissent bien leurs armes », a-t-il ajouté.

Il s’agit de l’avis du jeune garçon d’un stress au quotidien pour lui et sa femme qui ont des enfants à éduquer qui vivent eux aussi au milieu des hommes et des femmes armés de la zone.

 » Ceux qui vivent à Canaan sont des résignés. Vous ne pouvez vivre dans la paix et la quiétude d’esprit. D’une part vous avez peur des civils armés et d’autre part vous avez peur de la police par crainte de vous prendre comme cinquième colonne », s’est plaint Evens.

Pour fuir l’escalade de violence qui bat son plein dans le quartier de Canaan, plusieurs centaines de familles ont déjà laissé l’espace. Les maisons laissées par les familles sont occupées en majeure partie par ces hommes armés qui les transforment en base pour les soldats, a-t-il martelé.

Il faut rappeler que ces individus armés ont tué puis décapité une dame au cours du mois de décembre 2022. Ils reprochent à la dame d’avoir fourni des informations à la police à propos de leur gang.

Ainsi, Evens croit qu’il est temps pour la police de reprendre le contrôle de la zone même s’il avoue que ces derniers disposent d’armes de grands calibres.

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