Karine Jean-Pierre américaine d’origine haïtienne , porte-parole adjointe Joe Biden

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Figure de proue des nouveaux militants américains, Karine Jean-Pierre (43 ans), d’origine haïtienne, lesbienne et mère d’une petite fille, a été nommée porte-parole adjointe de la Maison-Blanche par le président élu des Etats-Unis, Joe Biden. La future voix de Joe Biden a été la directrice de campagne de Kamala Harris, première femme et première noire vice-présidente élue des États-Unis.
 
Elle représente en quelque sorte, pour une partie de la jeunesse américaine, tout ce que détestait le très bientôt ex-président américain Donald Trump. Noire, homosexuelle et immigrée, Karine Jean-Pierre, la future voix du président élu Joe Biden, incarne cette classe militante qui porte haut ses revendications identitaires. En principe, le 20 janvier prochain, après la passation de pouvoir entre Trump et Biden, Karine Jean-Pierre devra occuper la salle de presse de la Maison-Blanche.
Issue d’une famille pauvre des quartiers populaires de New York, Karine Jean-Pierre a sorti, en novembre 2019, son autobiographie, “Aller de l’avant, une histoire d’espoir, de labeur et la promesse de l’Amérique“, dédicacée à tous les défavorisés, de New York à Port-au-Prince, qu’elle rassemble sous la dénomination « ceux qui ont entendu le mot ‘non’ ». Dans son œuvre, Karine Jean-Pierre se livre sans retenue sur elle et sa famille, espérant susciter des vocations. Mais aussi se faire un nom.


Faisant figure de “role model“ pour une partie de la jeunesse américaine, Karine Jean-Pierre est née en Martinique, à Fort-de-France. Elle est la fille d’un couple d’Haïtiens qui a fui la dictature de Jean-Claude Duvalier, alias “Bébé Doc“. Karine a 5 ans quand la famille arrive aux États-Unis, à New York après un rapide passage par la région parisienne. Anglais à l’école, français à la maison, elle grandit en mélangeant les langues et les cultures, comme de nombreux camarades de son établissement paroissial du Queens. La fillette est douée, ses parents ont pour elle de grandes ambitions : ingénieure, avocate… et surtout, médecin.
Mais les études de biologie ne l’enthousiasment guère et c’est finalement vers la politique que Karine Jean-Pierre se tourne. Elle intègre l’École des affaires internationales et publiques de l’université Columbia, membre de l’éminente “Ivy League“, du nom de ce réseau de fac d’où sortent la plupart des leaders du pays. Insuffisant pour ses parents. « Mon père et ma mère étaient horrifiés, pour eux, la politique c’était la dictature haïtienne et la corruption », expliquait-elle dans une interview donnée à la chaîne CBS.
Venue vivre le rêve américain, la famille éprouve bien des difficultés. « Mes parents m’ont appris la persévérance ainsi que la beauté, mais aussi la difficulté d’être immigrée », explique-t-elle. Son père est chauffeur de taxi, sa mère aide-soignante, ils travaillent beaucoup et laissent souvent la petite Karine s’occuper de son frère et de sa sœur. « Pas de télé, pas de soirée pyjama (…) nous étions vraiment de la classe ouvrière », raconte celle qui assure avoir rapidement appris à faire la cuisine et la vaisselle pour tous en plus de ses études.
Un drame vient s’ajouter à cette vie de labeur, elle révèle dans son livre avoir été agressée sexuellement lors de ses jeunes années. Un traumatisme qui la plonge dans des périodes de désespoir, allant jusqu’à une tentative de suicide.

  • Karine Jean-Pierre américaine d'origine haïtienne , porte-parole adjointe Joe Biden
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Mais suivant l’exemple familial, Karine Jean-Pierre relève la tête. Son diplôme en poche, elle se lance à corps perdu dans sa carrière. Elle travaille d’abord pour la campagne présidentielle – malheureuse – du démocrate John Edwards en 2004 avant de miser sur un jeune sénateur prometteur : Barack Obama, « l’homme qui, en toutes circonstances, est la personne la plus intelligente dans la pièce ».
Elle intègre son équipe de campagne en 2008 et occupe divers postes à la Maison-Blanche après l’élection. « J’ai enfin pu rassurer mes parents ! » s’amuse-t-elle aujourd’hui. À son tour, elle fonde une famille. Avec Suzanne Malveaux, l’une des journalistes star de CNN, elle forme l’un des couples les plus influents de Washington. Les deux femmes ont adopté une petite fille appelée Soleil, âgée de 6 ans et qui a déjà un selfie avec Obama accroché dans sa chambre.


L’élection de Donald Trump en 2016 la pousse à rejoindre l’influente organisation politique MoveOn.org. Créée en 1998 pour soutenir Bill Clinton, alors en pleine affaire Lewinsky, la structure est depuis devenue un porte-voix des minorités et de l’aile « progressiste » du Parti démocrate. Parallèlement, Karine Jean-Pierre est nommée chroniqueuse politique sur MSNBC, la chaîne d’info en continu la plus à gauche du pays et elle se met à enseigner les sciences politiques à Columbia, son université d’autrefois.


Son visage commence à devenir familier, surtout après janvier 2019, quand elle connaît son premier moment de gloire. Pour MoveOn, elle modère un débat à San Francisco auquel participe la sénatrice de Californie, Kamala Harris. La suite, elle l’a racontée sur de nombreux plateaux télévisés. « Cet homme blanc saute sur la scène, avec tous ses privilèges (on apprendra ensuite qu’il s’agissait d’un militant des droits des animaux, Ndlr), interrompt trois femmes de couleur en train de parler des droits des femmes de couleur justement. Je me suis dit, il vient pour Kamala Harris, il faut que je la protège. C’est ce que je fais, je m’interpose. La vidéo est depuis devenue virale. »


On loue son courage et sa témérité. Kamala Harris saura s’en souvenir, lorsque Joe Biden la choisit comme colistière, elle impose Karine Jean-Pierre comme chef de sa campagne et membre incontournable du « ticket » Biden-Harris. Elle participe pleinement à la victoire en mobilisant ses réseaux chez les jeunes et les minorités.
Mais depuis le 3 novembre, on ne l’entend plus, hormis quelques tweets sur son compte, devenu l’un des plus influents du pays, notamment quand a été annoncée sa nomination au porte-parolat de la Maison-Blanche en compagnie de Jen Psaki. Consigne a été donnée à toute la future équipe de Joe Biden de garder le silence afin de ne pas troubler davantage cette drôle de période de transition.
Les observateurs voient, en effet, dans sa nomination par Joe Biden un gage donné aux radicaux du parti, qui attendent d’être entendus après avoir participé à la défaite de Donald Trump.

Arsène DOUBLE

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