mercredi 21 février 2024
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Le regard porté par l’Europe sur la crise multidimensionnelle en Haïti avec le journaliste Vincent Hervouët

Vincent Hervouët journaliste

Le dossier d’Haïti n’a cessé de soulever maints débats tant sur le plan local qu’au niveau international. Alors que des pays comme les États-Unis, le Canada, dans les Caraïbes et même sur le continent africain prennent constamment position concernant la situation sécuritaire à laquelle fait face actuellement la nation, le regard du continent européen reste jusqu’à ce jour, un peu floue, si l’on ne compte pas la France et plus ou moins l’Espagne.

Partout ailleurs, le dossier d’Haïti fait des grands titres dans les médias. Des experts internationaux s’intéressent davantage à la crise haïtienne qui perdure alors qu’une mission internationale de sécurité est attendue dans le pays pour soutenir les forces de l’ordre dans leur lutte contre le grand banditisme. Bien que les médias européens, hormis ceux de l’Hexagone, ne se fixent pas sur la crise multidimensionnelle qui sévit sur le territoire haïtien, cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont pas un regard sur tout ce qui se passe actuellement sur la terre de Dessalines.

Vincent Hervouët, un journaliste français qui est chef de service étranger au média français “LCI” et chroniqueur dans la matinale d’”Europe 1” a proposé une vue européenne de la situation en Haïti au lendemain du vote de la résolution 2699 qui autorise l’intervention d’une force multinationale en soutien à la PNH dans la lutte contre les gangs armés. Un pays sans dirigeants “élus”, menée par un Premier Ministre choisi par le Président, à la veille de son assassinat ; un corps policier qui intègre le rang des gangs qui terrorisent quotidiennement la population ; autant de points abordés par le chroniqueur français et qui permettent de saisir le regard porté par le Vieux Continent sur la crise multidimensionnelle actuelle en Haïti.

Une Police Nationale d’Haïti qui ne fait pas mieux que les gangs armés

Le journaliste de 66 ans a donné son point de vue sur les forces de l’ordre haïtiennes. D’après lui, ces dernières ne font pas mieux que les individus lourdement armés qui font leurs lois dans la capitale haïtienne.

“On dit que la Police Nationale d’Haïti est complètement dépassée par les événements pour ne pas dire qu’elle constitue l’un des deux cent groupes armés qui terrorisent quotidiennement la population haïtienne. Elle est vénale, brutale, impuissante et c’est à peu près tout ce qui reste d’État en Haïti” a commenté le journaliste français au lendemain du vote de la résolution par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

Haïti, un pays sans dirigeants “élus”

M. Hervouët a aussi mis l’accent sur la crise politique en Haïti au regard des Européens qui voient tout simplement un État failli puisqu’il n’a aucun dirigeant, qu’il soit élu ou nommé, qui prend convenablement les rênes de la nation.

“Il n’y a plus de président en Haïti depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021. Il n’y a plus de parlement car la dernière élection remonte à trop longtemps. Il n’y a plus de hauts fonctionnaires car ils se sont partis à l’étranger. Reste un Premier Ministre de transition nommé par le feu Président, la veille de son assassinat. Il fait comme s’il avait été investi. Il a un mort vivant au-dessus de lui et une administration fantôme en dessous. Bienvenu au pays du vodou.” a-t-il poursuivi.

Un Premier Ministre qui ne fait que semblant mais soutenu par la CI

Parallèlement, le chef de service étranger de “LCI” ne s’est pas fait prier pour donner son opinion sur la gestion des affaires courantes par le locataire de la Primature, et l’usage dont la Communauté internationale en fait de lui.

“Ariel Henry fait comme s’il avait une majorité, comme s’il expédiait les affaires courantes, comme s’il allait organisée enfin des élections. En faite, il essaie de faire bonne figure à l’étranger. Les Américains, la France, le Brésil, le Canada, l’Europe qui ont besoin d’un interlocuteur en profitent.” a-t-il dit.

Bien pire que l’Ukraine en pleine guerre, Haïti poursuit sa descente aux enfers

“Et le Secrétaire Général de l’ONU qui s’est débrouillé à faire en sorte qu’une force multinationale intervient dans ce pays miné par les gangs armés. Cependant, celle-ci ne doit pas être les Casques Bleus car on veut du muscle pas des baby-sitter car depuis un an, les individus lourdement armés ont resserré leur emprise sur Haïti.” a avancé le chroniqueur.

“En moyenne, 10 meurtres par jour, des enlèvements par milliers, des massacres aveugles, des viols collectifs. Au total, cette année, deux fois plus de civils qu’en Ukraine ont été tués dans cette guerre qui dépasse son nom. La descente aux enfers est sans fin et on peut toujours creuser plus profond” a-t-il lancé.

L’intervention d’une force multinationale pour le combat sans fin des “bandits”

“C’est le Kenya qui va donc assurer le leadership de la mission alors que les Américains vont assurer sa logistique ainsi qu’un soutien financier avec une enveloppe de 100 millions de dollars. L’Europe aussi paiera et les pays de la Caraïbe viendront en bons voisins mais ce dont les kenyans, ayant l’expérience d’État failli, qui feront le plus gros de la besogne en fournissant un contingent de 1000 policiers pour rétablir la paix et la sécurité dans ce pays” a fait savoir le journaliste qui propose à ses confrères européens qui ont apprécié la chasse aux Djihadistes au Sahel de se fixer désormais sur le combat sans fin des bandits en Haïti.

Alors que la crise qui sévit actuellement en Haïti fait constamment les grands titres dans les médias locaux qu’internationaux, cela ne veut pas dire pour autant que tout le monde a les mêmes points de vue. Pour certains, il s’agit d’un pays ruiné par ces dirigeants corrompus aux profits des puissances impérialistes, tandis que pour d’autres, c’est une nation fondée sur aucun état de droit, et sur lequel on ne peut attendre à grand chose.

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