L’OPL : 30 ANS D’EXISTENCE 5-6 DÉCEMBRE 1991/5-6 DÉCEMBRE 2021

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Mesdames, Messieurs,

Je manquerais, avant tout, à l’honneur et à l’amitié franche et loyale dont il daignait m’honorer, si je ne vous invitais à consacrer une minute de recueillement à la mémoire du Professeur Gérard PIERRE-CHARLES : ce géant disparu, à qui nous devons particulièrement la création de l’OPL. Je joins à l’hommage celles et ceux partis en cours de route : certains, fauchés par la maladie ; d’autres, tombés sous les balles assassines d’ennemis dévoyés de la démocratie… Merci !
Camarades dirigeantes et dirigeants,
Chers militants, membres adhérents et sympathisants de l’OPL, Distingués invités,

Je crois superflu d’exprimer l’immense plaisir que j’éprouve à vous voir répondre à l’invitation de célébrer ensemble le 30ème anniversaire de l’OPL. Comme membre fondateur, ancien Coordonnateur général et cadre de l’OPL, votre chaleureuse présence, physique et virtuelle, à cette cérémonie, que renforce celle, également fort appréciée, de Représentants de partis et regroupements de partis politiques, de la société civile et de la Presse, me touche profondément. Et je suis sûr que notre parti saura y puiser l’énergie et l’inspiration requises pour se lancer dans une vaste entreprise collective de sauvetage national en vue de la refondation de l’État-nation.

Chers amis,
Il y a 30 ans, en pleine période d’un coup d’État militaire brutal, des citoyennes et des citoyens des différents départements géographiques du pays et d’horizons politiques divers, se sont réunis les 5 et 6 décembre 1991, en Assemblée nationale, à Pacot, quartier résidentiel de Port-au-Prince, pour donner officiellement naissance à l’OPL : Organisation du Peuple en Lutte. L’objectif premier des jeunes intellectuels, socioprofessionnels, syndicalistes, leaders paysans, prêtres de la théologie de la libération et citoyens engagés à l’origine de cette nouvelle formation politique aux côtés de Gérard PIERRE-CHARLES, de Suzy CASTOR, sa digne épouse, et de Marc ROMULUS, visait la longévité, en dehors de la prise du pouvoir légitime par la voie des urnes. De sorte que, à l’instar des partis modernes occidentaux, son espérance de vie dépasse de loin celle de ses co-fondateurs. L’on comprend donc, dès la phase d’adaptation de nos premiers petits pas sur la scène politique, notre ambition originelle de doter le pays d’une organisation politique démocratique capable de réunir dans ses rangs les masses rurales et urbaines, les jeunes, les ouvriers, les syndicalistes, les socioprofessionnels des classes moyennes et des entrepreneurs progressistes, tant de l’intérieur que de la diaspora.


Dans cette perspective rationnelle, nous nous sommes donné pour tâche de transformer le grand mouvement populaire Lavalas en levier politique articulé, susceptible de favoriser l’intégration sociale, le service civique et la participation citoyenne dans un vaste projet de rénovation nationale et de modernisation politique, économique et sociale. À cette fin, notre parti portera au départ l’appellation : Organisation Lavalas (OL). Appellation devenant ensuite, en 1992 : Organisation Politique Lavalas (OPL), qui fera des membres du parti la cible privilégiée des militaires putschistes et des « attachés ». C’est ainsi que, dans leur lutte ouverte pour le retour à l’ordre constitutionnel, des membres du parti furent traqués, persécutés, arrêtés, torturés et souvent carrément exécutés. L’assassinat crapuleux, dans la nuit du 28 au 29 août 1994, du prêtre Jean-Marie VINCENT, co-fondateur de notre parti, complétera la liste des membres de l’OPL assassinés par la soldatesque du tristement célèbre colonel Joseph Michel FRANÇOIS.


Mesdames, Messieurs,
Le retour à l’ordre constitutionnel, en octobre 1994, a permis à l’OPL d’opérer plus ouvertement et de renforcer ses structures dans les sections communales et les villes du pays. Ainsi, en réalisant des gains substantiels aux élections locales, municipales et législatives de 1995, l’OPL parviendra à disposer d’une majorité relative aux deux Chambres de la 46ème législature. Ce qui lui procurera le privilège de choisir Rosny SMARTH, co-fondateur du parti, comme Premier ministre, au mois de mars 1996.


Malheureusement, la violence criminelle organisée du parti Fanmi Lavalas allait se déchaîner au grand jour contre le secteur démocratique voué, de son côté, au bien-être de la Nation. Ce mélange d’anarchie sanglante et de corruption généralisée finira par entraîner la démission du Premier ministre Rosny SMARTH en 1997. On comprend donc pourquoi, tout en conservant son acronyme OPL, le parti deviendra : Organisation du Peuple en Lutte, signifiant ouvertement ainsi sa rupture avec Fanmi Lavalas, le parti politique de Jean-Bertrand ARISTIDE.
Toutefois, au Sénat comme à la Chambre des Députés, les parlementaires de l’OPL, parfaitement conscients du poids de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs mandants, ont poursuivi néanmoins le combat patriotique du parti pour l’amélioration des conditions de vie de la population, la mise en place d’institutions fortes, justes et démocratiques, et l’affirmation d’un humanisme postulant le progrès, l’éducation, la santé, le droit à l’épanouissement du peuple haïtien, à tous égards.


Fidèles et loyaux militants de l’OPL,
Il me semblait opportun de remonter le passé, de rappeler certains faits pertinents de nos trente ans d’existence. Je crois m’y être appliqué avec la franchise que vous me connaissez. Ce devoir accompli, il m’incombe à présent de nous féliciter d’être le parti le plus moderne de la République d’Haïti. En effet, l’OPL, n’étant la propriété exclusive d’une personne, renouvelle tous les trois ans ses dirigeants, en organisant des congrès communaux et régionaux, étapes précédant le Congrès national du parti. Même le choix des candidats aux divers postes électifs s’effectue de
manière démocratique, moyennant des élections primaires. À ce propos, si le parti avait choisi par acclamation son premier candidat à l’élection présidentielle de 2006, c’est par voie d’élection primaire que l’OPL a départagé les quatre prétendants à l’investiture en 2015 : une première dans les annales du système politique en Haïti ! En dépit des cicatrices résultant de l’expérience, j’ose espérer que le parti ne fera pas machine arrière à ce sujet. Avec la démission, le 9 janvier 2017, de son ancien candidat à la présidence comme Coordonnateur général, l’OPL s’est offert la coquetterie de prouver, au besoin, qu’elle n’a rien à envier aux partis démocratiques d’Europe, d’Amérique du Nord, de l’Amérique latine et de la Caraïbe. Pour qu’il en fût ainsi et pour éviter, comme dirait Gide, que « le grain ne meure », nous y avons, nous toutes et nous tous, contribué d’une façon ou d’une autre : du sommet à la base.


​En revanche, nous devons reconnaître que ces jalons constructifs, indispensables au décollage tardif du pays, ont été posés dans le cadre d’une société figée, archaïque, dominée par la pensée magico-religieuse, le laisser-faire, le « lese-grennen »… Situation réellement préoccupante, expression évidente d’une crise sociétale aiguë, jumelée à une crise politique récurrente, tout aussi profonde et conduisant à tous les excès… Avec l’effondrement de l’État en 1994, en 2004 et en 2021, les faits parlent d’eux-mêmes…
Comme l’OPL ne plane pas dans les airs, elle en est affectée directement, car construire un parti moderne dans une société de précarité constitue une vraie gageure. D’où les dérives opportunistes de certains dirigeants et parlementaires du parti et la déchirure subséquente à la course démocratique pour le choix du candidat à l’Investiture à la présidentielle de 2015. Ce qui, certes, secouera dangereusement les assises de l’OPL. De ce fait, le parti doit faire preuve d’imagination et de créativité afin de sortir des sentiers battus. Car, pour parodier l’autre, on ne peut pas résoudre les problèmes de l’OPL avec le même niveau de conscience qui les a créés. En dépit de ces déconvenues, le parti est toujours là, debout, aussi solide que le roc. C’est ce que les politistes américains appellent un « crash test » témoignant de la robustesse de l’OPL.


Chers camarades de l’OPL,
En dehors de la crise politique complexe et compliquée à laquelle il convient de trouver d’urgence une solution raisonnable, seule la reconstitution des appareils répressifs et administratifs dans le pays pourra, à moyen terme, contribuer au rétablissement du double monopole de la violence physique et de la fiscalité en vue de mettre fin à la violence des gangs armés, au phénomène du kidnapping, à l’insécurité et à la corruption généralisées. Le cadre étatique est indispensable à la résolution des problèmes cruciaux constituant le quotidien de nos compatriotes démunis, livrés à eux-mêmes dans leur situation d’extrême pauvreté. Que l’on pense à la dégradation économique, environnementale et sociale du pays, aggravée par les séismes catastrophiques du 12 janvier 2010 et, tout récemment, du 14 août 2021, sans oublier les ouragans dévastateurs ayant frappé Haïti ; à la décote galopante de la gourde par rapport au dollar américain et à ses conséquences dans la vie courante des gens ; aux questions dramatiques liées à la santé, au logement, à l’instruction et à la sécurité alimentaire des couches défavorisées : autant de sujets prioritaires, évacués pourtant d’un revers de main du débat politique actuel.

L’Organisation du Peuple en Lutte doit rappeler, avec force, aux Femmes et aux Hommes de bonne volonté, aimant vraiment ce pays, que l’avenir de la Patrie commune dépend des décisions courageuses et lucides que nous aurons prises aujourd’hui. Il s’agit-là d’une véritable entreprise de sauvetage national qui ne peut être qu’une entreprise collective.


Chers amis,
Même si nous commémorons le 30ème anniversaire du parti, l’heure n’est cependant pas à la fête, en raison des circonstances peu réjouissantes du moment. J’estime préférable de renouveler l’engagement de l’OPL aux côtés du Peuple haïtien dans la perspective de l’instauration d’un État de droit démocratique en Haïti, cadre institutionnel devant garantir l’émergence d’une société moderne reposant sur la Raison, la Science, la Culture et susceptible d’assurer méthodiquement l’amélioration des conditions matérielles d’existence de ses membres.


Je ne saurais ne pas souhaiter JOYEUX ANNIVERSAIRE à mes camarades de l’OPL, tant de l’intérieur que de la diaspora. En outre, je ne terminerai pas mon intervention sans exprimer ma vive et sincère gratitude aux dirigeants, militants et sympathisants de l’OPL qui ont consenti d’énormes sacrifices pour maintenir à flot la barque du parti sur cette mer déchaînée que devient Haïti.


Avant que ne se termine mon tour de piste sur terre, je veux dire aux jeunes de l’OPL combien je les admire, car c’est à eux qu’incombera la responsabilité de célébrer le cinquantième anniversaire du parti en l’absence des membres fondateurs encore vivants. La nuit est certes longue. Mais le rêve grandiose de l’OPL pour Haïti est encore plus long !


Je vous remercie de votre attention.

Vive l’OPL ! Vive Haïti !
Sauveur Pierre ÉTIENNE
Cadre et militant de l’OPL
Ce 5 décembre 2021

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