En déplacement officiel aux Cayes, le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé a réaffirmé l’engagement de l’État en faveur de l’accès à l’eau potable, en visitant le Système d’alimentation en eau potable (SAEP) de la ville. Cette séquence s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des infrastructures hydrauliques et d’assainissement, alors que les autorités mettent en avant d’importants investissements destinés à améliorer durablement les conditions de vie des populations dans plusieurs régions du pays.
LES CAYES, 8 avril 2026 — Le gouvernement haïtien a voulu envoyer un signal fort depuis le Grand Sud. En visite officielle aux Cayes, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a inspecté le Système d’alimentation en eau potable (SAEP) de la ville, mettant en avant la volonté de l’exécutif de faire de l’accès à l’eau potable une priorité nationale. Dans une région régulièrement confrontée à des fragilités structurelles, des vulnérabilités climatiques et des besoins pressants en services publics de base, cette visite a pris une portée à la fois symbolique et stratégique.
Le déplacement du chef du gouvernement s’est déroulé en marge de la cérémonie de signature des contrats de travaux et de supervision liés aux ouvrages de gestion des eaux pluviales dans la ville des Cayes. Pour les autorités, cette étape marque une avancée importante dans la mise en œuvre d’infrastructures destinées à renforcer la résilience urbaine face aux inondations, aux fortes pluies et aux effets répétés des dérèglements climatiques. En associant la problématique de l’eau potable à celle de la gestion des eaux pluviales, l’exécutif inscrit son action dans une approche globale de l’aménagement urbain et de la protection des populations.
Sur place, Alix Didier Fils-Aimé a pu s’enquérir de l’état d’avancement des installations, échanger avec les responsables techniques et mesurer les défis encore à relever pour garantir un accès régulier, durable et sécurisé à l’eau potable. À travers cette visite, le gouvernement entend démontrer qu’il ne se limite pas aux annonces, mais qu’il suit également l’évolution concrète des grands chantiers engagés dans les services essentiels. Dans un pays où l’accès à l’eau demeure un enjeu majeur pour de nombreuses familles, notamment en province, cette posture vise aussi à rassurer sur la continuité de l’action publique.
Le système visité aux Cayes s’inscrit dans le cadre du Programme d’aménagements et d’investissements dans le secteur de l’eau potable et de l’assainissement en Haïti (HTI-003-B), mis en œuvre par la Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (DINEPA) avec l’appui financier de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), à travers le Fonds de coopération pour l’eau et l’assainissement (FCAS). Ce partenariat illustre l’importance de la coopération internationale dans un secteur où les besoins restent considérables, tant pour les infrastructures que pour l’accompagnement technique et institutionnel.
Doté d’un budget global dépassant les 101 millions de dollars américains, ce programme figure parmi les investissements majeurs consentis dans le domaine de l’eau et de l’assainissement en Haïti. Selon les données avancées par les autorités, plus de 80 % des fonds avaient déjà été engagés à la fin de décembre 2025. Ce niveau d’exécution traduit, selon le gouvernement, une progression substantielle des interventions à l’échelle nationale. L’objectif affiché est double : accroître l’accès des populations à des services d’eau potable et d’assainissement, tout en consolidant les capacités institutionnelles du secteur pour assurer la pérennité des ouvrages.
Au-delà de la ville des Cayes, le programme concerne plusieurs autres localités du pays. Il vise à améliorer les conditions de vie de milliers de citoyens, aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales, où les carences en infrastructures hydrauliques continuent d’alimenter des difficultés sanitaires, sociales et économiques. L’accès à l’eau potable reste un levier fondamental pour la santé publique, la prévention des maladies hydriques, la dignité humaine et le développement local. Dans de nombreuses communautés, disposer d’un réseau fiable signifie également alléger le poids quotidien supporté par les ménages, notamment les femmes et les enfants, souvent en première ligne dans la recherche d’eau.
Cette dynamique ne se limite pas au département du Sud. Dans le prolongement de la visite aux Cayes, une délégation conduite par Charles Jean-Jacques, ordonnateur national des Fonds européens de développement (FED), s’est rendue à Jérémie pour évaluer le Système d’alimentation en eau potable en voie d’achèvement dans cette ville. Le projet doit bénéficier à plus de 40 000 habitants, selon les autorités. Cette séquence souligne que l’effort engagé ne répond pas seulement à des urgences ponctuelles, mais s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du secteur de l’eau à l’échelle nationale.
Pour le gouvernement, ces projets constituent également un outil de cohésion territoriale. En mettant l’accent sur les infrastructures de base dans les grandes villes de province, l’exécutif cherche à montrer que le développement ne doit pas rester concentré dans la capitale. L’amélioration des réseaux d’eau et d’assainissement dans des villes comme Les Cayes ou Jérémie participe d’une vision de rééquilibrage territorial, dans un contexte où les régions réclament depuis longtemps des investissements durables et visibles.
L’enjeu est d’autant plus important que les territoires du Grand Sud demeurent exposés aux catastrophes naturelles, aux épisodes d’inondations et aux défaillances structurelles des équipements publics. Renforcer l’accès à l’eau potable, mieux canaliser les eaux pluviales et soutenir les opérateurs techniques locaux relèvent d’une même logique : réduire la vulnérabilité des populations et créer des bases plus solides pour le développement économique. L’eau, dans cette perspective, n’est pas seulement une question de service public ; elle devient un marqueur de gouvernance, de justice sociale et de stabilité.
En choisissant de faire de cette visite un temps fort de sa tournée dans le Grand Sud, le Premier ministre a voulu inscrire la question de l’eau au rang des priorités visibles de l’action gouvernementale. Dans un pays confronté à de multiples urgences, le pari des autorités est de démontrer que les investissements dans les services de base peuvent produire des effets tangibles sur la vie quotidienne.
Aux Cayes comme à Jérémie, l’État haïtien cherche à transformer la promesse d’accès à l’eau potable en réalité concrète. Reste désormais à s’assurer que ces chantiers annoncés, financés et largement engagés se traduisent durablement par des robinets qui coulent, des villes mieux protégées et une confiance restaurée entre les citoyens et les institutions.