Port-au-Prince, 11 août 2026 (Presslakay) — Le gouvernement américain a mis fin, le 27 juillet dernier, au Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux ressortissants haïtiens. Un calcul établi à partir des chiffres officiels communiqués par les autorités américaines révèle toutefois un écart important entre le discours politique de « départs massifs » et la capacité opérationnelle réelle de l’administration Trump.
Selon Jean Négot Bonheur Delva, directeur général de l’Office National de la Migration (ONM) d’Haïti, l’ambassade américaine en Haïti a informé le gouvernement haïtien qu’il fallait s’attendre à environ 250 personnes expulsées par semaine, réparties sur deux vols hebdomadaires. Un vol du 16 juillet avait notamment transporté plus d’une centaine de déportés vers Cap-Haïtien.
En appliquant ce rythme de 250 personnes par semaine aux 350 000 anciens bénéficiaires du TPS, le calcul donne 1 400 semaines, soit environ 27 années. À ce rythme, il faudrait donc plus d’un quart de siècle à l’administration américaine pour mener à terme l’expulsion de l’ensemble des anciens bénéficiaires du TPS haïtien — une durée bien supérieure à celle d’un mandat présidentiel.
Même dans l’hypothèse d’une accélération majeure des opérations, avec deux vols quotidiens au lieu de deux vols hebdomadaires, le délai resterait d’environ quatre ans dans des conditions d’exécution optimales, sans tenir compte des intempéries, des contraintes judiciaires ou des limites de capacité aéroportuaire à Port-au-Prince et Cap-Haïtien.
Si le rythme réel des expulsions demeure limité par ces contraintes logistiques, les conséquences administratives sont en revanche immédiates. Dès l’expiration du TPS le 27 juillet, les autorisations de travail détenues par les quelque 350 000 personnes concernées sont devenues légalement caduques, privant de nombreux Haïtiens du droit de travailler légalement aux États-Unis bien avant toute expulsion physique. Cette situation crée une crise économique et sociale immédiate au sein de la diaspora, indépendamment du calendrier réel des vols de retour.
En Haïti, des organisations telles que le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) alertent sur l’incapacité du pays à absorber un afflux massif de retours, dans un contexte où les gangs armés contrôlent une large partie de la capitale et où la crise humanitaire continue de s’aggraver.
Robenson Brutus