Le Sénat américain a adopté tôt vendredi matin un projet de loi prévoyant près de 70 milliards de dollars pour le financement de l’agence fédérale d’immigration (ICE) et de la police des frontières (Border Patrol) jusqu’à la fin du mandat du président Donald Trump, au terme d’une session de vote marathon de plus de dix-huit heures.
WASHINGTON — Le Sénat américain a approuvé vendredi, aux premières heures du matin, un texte législatif de quelque 70 milliards de dollars destiné à financer l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et la Border Patrol pour les trois prochaines années, couvrant l’intégralité du second mandat de Donald Trump.
Le texte a été adopté par 52 voix contre 47, sans le soutien d’aucun sénateur démocrate. Un seul républicain a voté contre le projet de loi, au terme d’une session de dix-huit heures marquée par de profondes divisions internes au sein du Parti républicain.
L’enveloppe budgétaire alloue 38,2 milliards de dollars à ICE pour renforcer ses opérations d’application de la loi, recruter et équiper du personnel, soutenir la détention et le transport en vue des expulsions, moderniser les technologies et les infrastructures, et étendre les accords 287(g) avec les forces de l’ordre locales. La Border Patrol (CBP) reçoit quant à elle 26 milliards de dollars pour le recrutement, la modernisation technologique des postes frontières et la surveillance des mineurs non accompagnés.
L’adoption de ce texte met fin au blocage engagé par les démocrates, qui exigeaient des réformes depuis les fusillades mortelles de deux manifestants par des agents fédéraux à Minneapolis en janvier dernier. Les républicains ont surmonté des heures de votes procéduraux douloureux pour faire passer le texte, après avoir notamment rejeté à plusieurs reprises les tentatives démocrates de supprimer un fonds du ministère de la Justice de 1,8 milliard de dollars.
Ce fonds, soutenu par Donald Trump, est destiné à indemniser des personnes se disant victimes d’abus commis par le gouvernement fédéral. Ses détracteurs y voient une caisse noire au profit des alliés du président, susceptible de bénéficier à des émeutiers ayant attaqué le Capitole le 6 janvier 2021. Une motion du chef de la minorité démocrate Chuck Schumer visant à supprimer ce fonds a provoqué un blocage procédural de plusieurs heures après le vote favorable de la sénatrice républicaine Susan Collins.
Les républicains ont eu recours à la procédure de réconciliation budgétaire pour contourner l’obstruction sénatoriale (filibuster), permettant l’adoption du texte à la majorité simple.
Le texte est désormais transmis à la Chambre des représentants, qui ne devrait pas l’examiner avant la semaine prochaine selon les dirigeants républicains. Son adoption définitive pourrait déclencher de nouveaux affrontements politiques dans les prochains jours.
Pour de nombreuses organisations de défense des droits humains, ce financement massif risque d’accentuer les expulsions accélérées, les détentions prolongées et la pression sur les communautés immigrées, notamment caribéennes et latino-américaines établies aux États-Unis.
Ce vote pourrait constituer l’une des dernières grandes victoires législatives de Donald Trump avant les élections de mi-mandat de novembre prochain.