Le Ministère haïtien de l’Environnement (MdE) a annoncé mercredi la suspension immédiate et jusqu’à nouvel ordre de toutes les activités d’exploitation de carrières de sable dans les zones de Pèlerin, Laboule et Boutillier, dans la commune de Pétion-Ville, invoquant des risques majeurs pour les populations riveraines.
Cette décision fait suite à plusieurs missions de terrain et à de nombreuses plaintes déposées par des habitants, a précisé le ministère dans un communiqué diffusé depuis Port-au-Prince.
Les évaluations techniques menées par la Direction départementale de l’Ouest (DDO-MdE), la Direction de l’inspection et de la surveillance environnementale (DISE) et le Bureau national d’évaluation environnementale (BNEE) ont mis en évidence « une dégradation préoccupante de la situation environnementale et géologique » dans ces zones jugées particulièrement vulnérables.
Parmi les risques identifiés figurent l’instabilité des versants, l’accélération de l’érosion ainsi que les menaces d’éboulements et de glissements de terrain, susceptibles d’affecter directement les habitants et les infrastructures environnantes.
Le ministère a rappelé que ces secteurs avaient déjà fait l’objet de mesures d’interdiction et de restriction d’exploitation en 2012, 2016, 2021 et 2025, des dispositions toujours en vigueur mais visiblement contournées par les exploitants.
Sur le plan juridique, le MdE s’est appuyé sur l’article 36.5 de la Constitution de 1987 amendée, qui place les mines et carrières dans le domaine public de l’État, ainsi que sur l’article 253 de la Constitution et l’article 64.8 du Décret-cadre de 2006 sur la gestion de l’environnement.
Le ministère prévoit en parallèle plusieurs mesures d’encadrement : rencontres de travail avec les exploitants concernés, actualisation des procédures de délivrance des permis, élaboration d’un protocole d’accord interinstitutionnel impliquant notamment l’Agence nationale des aires protégées (ANAP) et le Bureau des mines et de l’énergie (BME), ainsi que la réalisation d’études d’impact environnemental et social. Des activités de sensibilisation à destination des riverains sont également annoncées.
L’application de la décision sera assurée en coordination avec le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique, le Ministère de la Défense, le Ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) et les autorités locales.
Les flancs montagneux entourant Port-au-Prince figurent depuis des années parmi les zones les plus exposées aux glissements de terrain en Haïti, un risque aggravé par la déforestation, l’urbanisation accélérée et l’exploitation incontrôlée des matériaux de construction.