PORT-AU-PRINCE, 1er mai 2026 (Presslakay) — Le documentaire haïtien Les héros de la Rivière Massacre*, du réalisateur Samuel Daméus, a remporté le prix Film for Peace Best Film – Caribbean Award 2026, décerné par l’International Peace Alliance, selon un communiqué de l’organisation publié vendredi.
L’œuvre retrace la mobilisation populaire autour de la construction du canal d’irrigation de Ouanaminthe, sur la rivière Massacre, à la frontière haïtiano-dominicaine. Elle a été distinguée pour sa contribution à la mémoire culturelle, à l’identité nationale et au dialogue entre les communautés.
La remise officielle du prix est prévue le 24 octobre 2026 à Toronto, au Canada, dans le cadre du Peace Ambassadors World Gala & Grand Ball, qui clôturera l’International Peace Festival au Fairmont Royal York Hotel.
Le documentaire revient sur la reprise intensive des travaux du canal, à partir d’août 2023, portée par des habitants, des agriculteurs, des membres de la diaspora et des citoyens engagés. Cette initiative locale avait rapidement pris une dimension nationale, devenant en Haïti un symbole d’autonomie économique, de souveraineté territoriale et de dignité collective.
À travers témoignages, images du chantier et archives, Samuel Daméus présente le canal non seulement comme une infrastructure agricole, mais aussi comme une réponse citoyenne à des décennies de marginalisation et de sous-investissement dans les zones rurales.
Le film s’inscrit dans une perspective historique plus large, établissant un lien entre les mobilisations actuelles et le massacre de 1937 dit massacre du Persil , au cours duquel des milliers d’Haïtiens et de Dominicains d’origine haïtienne furent tués dans la zone frontalière sous le régime de Rafael Leónidas Trujillo.
La distinction intervient dans un contexte où le canal de Ouanaminthe continue de peser sur les relations haïtiano-dominicaines. Le projet avait provoqué de vives tensions entre Port-au-Prince et Santo Domingo, la République dominicaine dénonçant ses conséquences sur l’usage partagé de la rivière, tandis que de nombreux Haïtiens y voyaient l’exercice légitime d’un droit souverain au développement.
Pour le cinéma haïtien, cette reconnaissance internationale confirme la capacité des réalisateurs du pays à porter sur la scène mondiale les luttes sociales, les mémoires nationales et les initiatives populaires.
À travers la rivière Massacre, Samuel Daméus filme plus qu’un canal : il raconte une mémoire blessée, une frontière sensible et un peuple qui cherche, par ses propres moyens, à irriguer son avenir.
