MÉDIAS EN HAÏTI : RACKETTEURS À CLAVIER, MICROS À VENDRE, AUDACE INCLUSE…

MÉDIAS EN HAÏTI : RACKETTEURS À CLAVIER, MICROS À VENDRE, AUDACE INCLUSE…

Le journalisme haïtien n’est plus ce qu’il était. Jadis pilier du débat public, ce métier noble et prestigieux est aujourd’hui prostitué dans les ruelles numériques en HAÏTI et dans la DIASPORA, vendu au plus offrant, monnayé à coups de «FRAIS INTERNET», des «POTS-DE-VINS » et de «DONS de SOUTIEN ». Dans cette HAÏTI renversée, l’ÉTHIQUE est devenue FACULTATIVE, la DÉONTOLOGIE est DÉCORATIVEet la DIGNITÉ PROFESSIONNELLE … optionnelle.

Armés d’un simple téléphone portable, d’une connexion Internet incertaine et d’une ignorance abyssale des principes journalistiques, une armée de PSEUDO-REPORTERS et d’INFLUENCEURS pullule désormais sur les réseaux sociaux. Leur spécialité ? Le CHANTAGE médiatique, les menaces à peine voilées et les «ARTICLES » calibrés au tarif de la prochaine enveloppe.

Ces nouveaux «INFLUENCEURS» en veste froissée confondent la mission d’informer avec l’art de soutirer de l’argent. Le MICRO devient une arme d’intimidation, l’analyse politique une MARCHANDISE, et la VÉRITÉ … une variable d’ajustement.

Pendant 13 ans, 3 mois et 4 840 jours, j’ai exercé le métier du journalisme en HAÏTI sans jamais vendre ma plume ni ma conscience : douze ans et neuf mois au journal LE NOUVELLISTE, six mois à RADIO NOUVELLE GÉNÉRATION. Pas une seule fois je n’ai réclamé un pot-de-vin, ni négocié un article ou transformé une interview en opportunité financière. Et qu’on me trouve une seule personne en HAÏTI pouvant affirmer le contraire. À l’époque, la dignité journalistique ne se marchandait pas au prix d’un forfait Wi-Fi.

Aujourd’hui, cette intégrité est devenue une curiosité exotique. Les MICROS sont désormais des CAISSES ENREGISTREUSES. Le débat public, une scène de marché. Le MÉTIER ? Une MARCHANDISE. Ce qui se pratiquait jadis dans l’ombre se déroule aujourd’hui en pleine lumière, avec une insolence désarmante.

Ces trois dernières semaines, j’ai assisté à un véritable carnaval médiatique. Plusieurs personnes m’ont demandé l’autorisation de republier mes textes, ce que j’ai accepté favorablement. Mais d’autres considéraient ma plume comme un carburant devant alimenter gratuitement leurs plateformes en mal de crédibilité. Cinq journalistes en ligne m’ont sollicité pour des entrevues : j’ai décliné poliment, en leur expliquant que je ne cherche ni POPULARITÉ, ni BUZZ, ni VALIDATION. Deux d’entre eux, vexés de ne pas pouvoir me soutirer ni argent ni reconnaissance, se sont mis à m’harceler. Leur indignation trahissait la frustration d’un racket manqué. Ils ont confondu refus avec affront, indépendance avec arrogance.

LE CLOU DU SPECTACLE ?

Un journaliste en ligne, après avoir repris plusieurs de mes textes, m’a demandé 15 000 gourdes pour COUVRIR les FRAIS INTERNET de son média pour novembre 2025. Traduction : « Si tu veux que ta pensée continue de vivre, paye ma connexion Internet. »

Par ricochet, un autre m’a proposé de devenir «DONATEUR OFFICIEL » de son média… après avoir pillé mes écrits sans autorisation. La piraterie déguisée en partenariat, le vol enrobé dans le sucre d’un «SOUTIEN MUTUEL».

Ce qui, hier encore, aurait provoqué l’indignation collective est aujourd’hui banalisé, presque ritualisé. La CORRUPTION MÉDIATIQUE haïtienne a modernisé ses méthodes : moins de valises pleines, plus de messages WhatsApp dégoulinants d’hypocrisie. Le RACKET n’a pas disparu ; il a simplement changé de plateforme.

Et comme si cela ne suffisait pas, une grande partie des médias actuels ne s’intéresse plus à INFORMER, mais à faire du BUZZ, à racler les fonds de la peur collective pour générer des clics. L’ANTENNE devient un haut-parleur pour les GANGS ARMÉS, la MISÈRE et l’INSÉCURITÉ, comme si rien d’autres n’existaient dans la société haïtienne. L’ARGENT dicte les SUJETS, les TITRES RACOLEURS remplacent les ENQUÊTES, et l’ÉMOTION brute supplante les FAITS. Les mêmes voix qui devraient éclairer la population se contentent désormais d’alimenter le CHAOS, pourvu que ça «FASSE des VUES et des LIKES ».

Dans la NOUVELLE HAÏTI que nous rêvons de bâtir sur des bases solides, il n’y aura plus de place pour ces marchands de micros et ces racketteurs à clavier. Les micros ne seront plus à vendre, les consciences ne seront plus en location, et les journalistes opportunistes devront réapprendre que la vérité n’est pas un commerce. Le journaliste est là pour servir, non pour se servir.

Le journalisme redeviendra ce qu’il aurait toujours dû être : un devoir, un service à la nation, non pas une boutique.

Amos CINCIR
Ambassadeur du Royaume
20 Octobre 2025 | Afrique Centrale

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