En Haïti, les crises politiques ont souvent commencé par une phrase simple, presque banale : « ce n’est qu’une formalité ». Puis, lentement, les institutions se sont effondrées, les règles ont été contournées, les contre-pouvoirs neutralisés, et la démocratie transformée en décor de circonstance. Aujourd’hui, à travers le bras de fer opposant la Primature au Conseil électoral provisoire (CEP), c’est exactement ce vieux scénario qui reprend forme sous nos yeux avec une précision inquiétante, comme si le manuel avait déjà été lu.
Depuis plusieurs jours, une fracture ouverte s’installe entre le gouvernement de facto dirigé par Alix Didier Fils-Aimé et les membres du CEP autour du projet de décret électoral de 2026. Ce n’est pas une simple dispute technique entre institutions. C’est une crise politique grave, révélatrice d’une volonté manifeste de prise de contrôle du processus électoral par un homme qui gouverne sans mandat populaire, sans Parlement, et qui semble désormais vouloir gouverner sans contre-pouvoir réel.
Le document publié par le CEP est sans ambiguïté. Les conseillers électoraux affirment avoir découvert un texte « totalement différent » du projet de décret soumis à l’Exécutif le 24 avril 2026. Plus grave encore : ils rappellent que l’élaboration du décret électoral relève de la compétence exclusive du CEP. Autrement dit, la Primature aurait modifié un document fondamental sans la validation des neuf membres de l’institution chargée d’organiser les élections. Deux communiqués contradictoires l’un de l’Exécutif, triomphaliste, l’autre du CEP, alarmiste publiés à l’issue d’une même réunion, illustrent à eux seuls la profondeur du fossé institutionnel.






