Le journaliste Carel Pedre a adressé une lettre ouverte à Jean Willio Patrick Chrispin, secrétaire d’État à la Communication, pour réclamer la publication des critères d’évaluation, de la grille de notation et des modalités de gestion des œuvres soumises dans le cadre du concours national de jingle « Ayiti Alaso / Mondial 2026 », dont aucune des participations n’a finalement été retenue.
Port-au-Prince, 18 mai 2026 — Dans une lettre ouverte publiée ce dimanche sur ses réseaux sociaux, le communicateur Carel Pedre a interpellé Jean Willio Patrick Chrispin, secrétaire d’État à la Communication, sur le déroulement du concours national de jingle « Ayiti Alaso / Mondial 2026 ».
La démarche intervient après la publication d’une vidéo dans laquelle Carel Pedre abordait le dossier, suscitant une vague de réactions sur les réseaux sociaux et des critiques visant le ministère ainsi que le ministre Emmanuel Ménard. Dans sa lettre, le communicateur précise ne pas avoir cherché à provoquer des attaques personnelles, mais à « ouvrir une discussion sur une initiative nationale qui concernait plus d’une centaine de créateurs haïtiens ».
LETTRE OUVERTE — Intégralité
Lettre ouverte au Secrétaire d’État à la Communication, Jean Willio Patrick Chrispin
Monsieur le Secrétaire d’État,
À la suite d’une vidéo que j’ai publiée sur le concours de jingle « Ayiti Alaso / Mondial 2026 », de nombreuses réactions ont émergé dans l’espace public et sur les réseaux sociaux. Plusieurs critiques ont été adressées au Ministère ainsi qu’au Ministre Emmanuel Ménard.
Je tiens d’abord à préciser qu’en réalisant cette vidéo, mon intention n’était ni d’encourager des attaques personnelles, ni de remettre en question gratuitement le travail du jury ou des institutions concernées. Comme communicateur et acteur médiatique, mon objectif était d’ouvrir une discussion sur une initiative nationale qui concernait plus d’une centaine de créateurs haïtiens mobilisés autour d’un projet destiné à représenter Haïti sur une scène mondiale.
J’ai pris connaissance de votre récente publication apportant des clarifications sur le processus et j’apprécie le fait que le Ministère ait jugé utile de s’exprimer davantage sur ce dossier.
Toutefois, après avoir revu les différents communiqués publiés, consulté les informations accessibles au public et pris connaissance de nombreuses réactions d’artistes dans l’espace commentaires, certaines questions demeurent.
Dans un souci de vérification, je me suis personnellement rendu sur le site officiel du gouvernement, communication.gouv.ht, afin de retrouver les informations auxquelles votre publication fait référence. À ce jour, je n’ai pas trouvé de document détaillant les critères d’évaluation, la grille de notation ou les exigences artistiques spécifiques évoquées dans votre texte. Le principal document facilement accessible concernant ce dossier semble être le communiqué le plus récent expliquant la décision finale.
Parmi les commentaires reçus sous ma publication, certains artistes ayant affirmé avoir participé au concours indiquent qu’ils n’auraient même pas reçu une confirmation ou un accusé de réception attestant que leurs œuvres avaient bien été reçues par les organisateurs. Si cela s’avère exact, cette situation soulève également des questions sur l’expérience vécue par les participants et sur la communication entourant le processus.
Dans votre communication, il est indiqué que les œuvres ont été évaluées selon des critères techniques, artistiques et thématiques clairement définis dès le lancement du concours. Pourtant, dans les informations publiquement accessibles, nous retrouvons principalement le thème du concours, le montant du prix, les membres du jury et le processus prévu.
L’objectif ici n’est pas de contester le jugement du jury. Une œuvre peut parfaitement ne pas être retenue. Mais lorsqu’un concours national mobilise plus d’une centaine d’artistes et qu’aucune proposition n’est sélectionnée, il est normal que des questions soient posées sur le processus lui-même.
Dans un esprit de dialogue constructif, voici quelques éléments qui pourraient aider à mieux éclairer le public :
— Les critères détaillés ont-ils été publiés publiquement ? Si oui, où peuvent-ils être consultés ?
— Quelle grille d’évaluation a été utilisée ?
— Le rapport du jury ou une synthèse de ses recommandations sera-t-il rendu public ?
— Pourquoi certaines communications mentionnent-elles 118 soumissions et d’autres 117 œuvres analysées ?
— Les participants recevaient-ils une confirmation officielle attestant de la réception de leurs œuvres ?
— Qu’est-ce qui a empêché l’identification même de deux finalistes comme annoncé au départ ?
Le débat public est légitime. Les critiques le sont également lorsqu’elles reposent sur des faits et des interrogations sincères. Mon souhait est que cette discussion nous aide collectivement à renforcer les mécanismes de transparence, de communication et de valorisation des créateurs haïtiens.
Nos artistes méritent des opportunités, mais aussi des processus clairs, documentés et compréhensibles.
Avec respect,
Carel Pedre
La lettre de Carel Pedre met en lumière un vide de communication persistant autour d’un concours national qui avait mobilisé plus d’une centaine d’artistes haïtiens. Au-delà du verdict du jury, c’est l’absence de documentation publique accessible critères, grille d’évaluation, accusés de réception qui concentre l’essentiel des critiques.
Le secrétaire d’État à la Communication n’avait pas encore répondu publiquement à cette lettre au moment de la publication de cet article.
Alors que le Mondial 2026 représente une vitrine internationale pour Haïti, ce dossier pose une question de fond sur la gestion institutionnelle des initiatives culturelles nationales : comment garantir des processus lisibles, équitables et respectueux des créateurs ?
La lettre de Carel Pedre, publiée sur ses réseaux sociaux ce dimanche 18 mai 2026, reste sans réponse officielle à ce stade.















