New York, 12 août 2026 (Presslakay) — Le président américain Donald Trump fait l’objet d’une action en justice déposée mercredi devant un tribunal fédéral de Manhattan par deux organisations de médias et de défense de la liberté de la presse, qui contestent un service permettant à des clients payants d’accéder plus rapidement à certaines publications diffusées sur Truth Social.
La plainte a été déposée par The Intercept et la Freedom of the Press Foundation, représentées par l’organisation Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW) et la clinique Media Freedom and Information Access de la faculté de droit de Yale. Elle vise Donald Trump en sa qualité officielle, ainsi que plusieurs collaborateurs de la Maison-Blanche, dont son assistante exécutive Natalie Harp et le vice-chef de cabinet adjoint Daniel Scavino.
La procédure concerne « Truth API », un service proposé par Trump Media & Technology Group, maison mère de Truth Social, qui permet à ses clients d’obtenir un accès accéléré, en temps réel, aux publications de plusieurs comptes influents de la plateforme, dont celui de Donald Trump.
Le service coûte jusqu’à 100 000 dollars par mois, ou 60 000 dollars par mois avec un engagement de trois ans. Selon la plainte, Trump Media comptait plus d’une dizaine d’abonnés au 10 août, parmi lesquels des organismes d’information financière et des entreprises de trading algorithmique à haute fréquence.
La controverse porte notamment sur le fait que Donald Trump utilise régulièrement Truth Social pour communiquer sur des décisions ou des orientations de son administration susceptibles d’avoir des conséquences politiques ou économiques. Certaines de ses publications concernant notamment les droits de douane, les entreprises, la politique étrangère ou les conflits internationaux peuvent provoquer rapidement des mouvements sur les marchés financiers.
Les plaignants estiment que permettre à des clients disposant des moyens financiers nécessaires d’accéder à ces publications avant le reste du public leur procure un avantage, notamment lorsque les messages contiennent des informations susceptibles d’influencer les marchés. La plainte qualifie ce système de profondément problématique sur le plan éthique, affirmant que le président tire un bénéfice financier personnel de la diffusion d’informations gouvernementales à caractère commercial sensible.
Les plaignants avancent également que certaines annonces présidentielles sont diffusées directement sur Truth Social sans nécessairement faire l’objet, dans l’immédiat, d’une communication distincte de la Maison-Blanche accessible dans les mêmes conditions à tous.
La procédure met en avant la situation financière particulière de Donald Trump au sein de Trump Media. Le président détient la plus importante participation individuelle dans l’entreprise via une fiducie créée lors de son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, sa part de 52,1 % étant alors évaluée à 4 milliards de dollars. Le cours de l’action de la société ayant depuis nettement chuté, la valeur de cette participation serait aujourd’hui tombée à environ 1 milliard de dollars, selon les chiffres cités dans la plainte.
La plainte invoque des garanties prévues par les Premier et Cinquième amendements de la Constitution américaine. Les organisations demandent à la justice d’empêcher le président de diffuser des informations gouvernementales officielles de manière exclusive sur Truth Social tant que le système d’accès anticipé payant reste en vigueur.
Il s’agit à ce stade des arguments des plaignants. La justice américaine ne s’est pas encore prononcée sur leur bien-fondé.
Trump Media a rejeté les accusations et défendu son service, faisant valoir que les communications présidentielles transitent déjà par de nombreuses plateformes et médias, dont plusieurs proposent eux-mêmes des services d’accès payant par API, et présentant Truth Social comme un espace garanti pour la liberté d’expression.
L’affaire intervient alors que Truth API faisait déjà l’objet de critiques politiques à Washington. Les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Adam Schiff avaient adressé le mois dernier un courrier au président de la Securities and Exchange Commission (SEC), Paul Atkins, lui demandant d’examiner si le service enfreignait les lois fédérales sur les valeurs mobilières relatives au délit d’initié et à la manipulation de marché, citant plusieurs cas où des publications de Trump sur Truth Social avaient fait bouger le cours d’actions individuelles.
La procédure soulève également des interrogations en raison de la double position de Donald Trump, à la fois président des États-Unis et détenteur d’importants intérêts financiers dans Trump Media.
Les tribunaux devront désormais déterminer si les modalités d’accès aux publications présidentielles via Truth Social sont compatibles avec les garanties constitutionnelles invoquées par les plaignants. L’affaire pourrait ainsi alimenter un débat plus large aux États-Unis sur la frontière entre les communications officielles du président, les intérêts commerciaux d’une plateforme privée, et l’égalité d’accès du public à des informations gouvernementales susceptibles d’avoir une influence sur les marchés.
La Rédaction de Presslakay