La rencontre bilatérale tenue à Washington entre le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé et le nouveau secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, s’inscrit dans une longue série de discussions diplomatiques autour de la crise haïtienne. Sécurité, élections, stabilité, coopération régionale : les mots sont connus, les formules aussi. Mais, pour la population haïtienne, une question demeure entière : quand ces rencontres produiront-elles enfin des résultats concrets ?
Depuis plusieurs années, Haïti est au centre de réunions internationales, de déclarations officielles, de missions diplomatiques et de promesses de soutien. À gauche comme à droite, les rendez-vous se multiplient. Les communiqués se ressemblent. Les engagements sont répétés. Pourtant, sur le terrain, les familles continuent de fuir leurs quartiers, les enfants ne peuvent pas toujours aller à l’école, les commerçants travaillent dans la peur, les routes restent sous menace, et la population vit au rythme de l’insécurité.
Il ne s’agit pas de nier l’importance du dialogue diplomatique. L’OEA, sous la direction d’Albert Ramdin, semble vouloir jouer un rôle plus actif dans l’accompagnement d’Haïti. Le fait que la question sécuritaire, le processus électoral et la stabilité institutionnelle soient abordés au plus haut niveau régional est un signal politique. Mais ce signal ne suffit plus. Le peuple haïtien n’a pas besoin uniquement de déclarations. Il attend des actes.
La Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MMSS), présentée comme un outil devant contribuer au rétablissement de l’ordre public, suscite elle aussi beaucoup d’attentes. On annonce son déploiement, on évoque ses missions, on parle de restauration de l’ordre et de protection des populations. Mais là encore, le peuple reste prudent, voire sceptique. Trop de forces, trop de plans, trop de promesses ont déjà été annoncés sans que la vie quotidienne des citoyens ne change réellement.
Le problème est là : Haïti ne peut plus se contenter de rendez-vous diplomatiques sans reddition de comptes. Chaque rencontre doit désormais être suivie d’un calendrier clair, d’objectifs précis, de moyens vérifiables et de résultats mesurables. Qui fait quoi ? Quand ? Avec quels moyens ? Pour quels résultats ? Voilà les questions auxquelles les autorités haïtiennes et les partenaires internationaux doivent répondre.
Car pendant que les responsables se rencontrent, le peuple, lui, attend de respirer. Il veut vivre. Il veut circuler librement. Il veut travailler. Il veut envoyer ses enfants à l’école. Il veut dormir sans craindre les rafales d’armes automatiques. Il veut retrouver une vie normale. Ce sont des demandes simples, humaines, urgentes.
L’organisation d’élections crédibles, libres et inclusives est évidemment nécessaire pour sortir Haïti de l’impasse institutionnelle. Mais aucune élection sérieuse ne peut être envisagée dans un pays où la peur domine, où des territoires échappent encore au contrôle de l’État et où des milliers de familles sont déplacées. La sécurité n’est donc pas un sujet secondaire : elle est la condition première de tout retour à la normalité démocratique.
Aujourd’hui, le discours officiel ne suffit plus. Le peuple haïtien est impatient, fatigué et méfiant. Il ne demande pas l’impossible. Il demande que les promesses deviennent des décisions, que les décisions deviennent des opérations efficaces, et que ces opérations permettent enfin aux citoyens de reprendre possession de leur vie.
La rencontre entre Haïti et l’OEA peut être utile à condition qu’elle ne devienne pas un rendez-vous diplomatique de plus dans une crise qui n’en finit pas. L’heure est aux actions concrètes, aux résultats visibles et à la responsabilité. Car un peuple qui étouffe ne peut plus attendre qu’on lui promette l’air qu’il réclame depuis trop longtemps.
Robenson Brutus