Port-au-Prince, décembre 2025.
Le gouvernement continue d’enchaîner les annonces ambitieuses, mais sur le terrain, l’espoir se fait rare. Le dernier communiqué de la Primature, évoquant une « reconquête sécuritaire » et des élections souveraines en 2026, illustre une fois de plus le décalage profond entre les discours officiels et la situation réelle du pays.
Déclarer 2026 « année électorale et de libre circulation » relève davantage de l’incantation politique que d’une projection réaliste. Aujourd’hui, l’insécurité atteint un niveau critique : des quartiers entiers sont contrôlés par des groupes armés, les axes routiers sont impraticables, et la population vit sous la menace permanente des enlèvements, des massacres et des déplacements forcés. Dans ce contexte, parler d’élections libres, inclusives et crédibles ressemble à une promesse difficilement réalisable, faute de conditions minimales de sécurité.
L’appel à la mobilisation des (élus locaux), bien que pertinent sur le principe, apparaît tardif et insuffisant. Les CASEC et ASEC, souvent laissés à eux-mêmes, sans moyens financiers ni protection, peinent déjà à survivre dans un environnement dominé par la violence. Reconnaître leur rôle stratégique tout en accumulant 23 mois d’arriérés de salaires traduit une gouvernance défaillante, plus portée sur les déclarations que sur les actes concrets.
La mise en place annoncée de Conseils de sécurité communaux et de mécanismes de partage d’informations soulève également des interrogations majeures. Comment garantir l’efficacité de tels dispositifs alors que l’État peine à protéger ses propres institutions ? Comment assurer la sécurité des élus locaux appelés à collaborer ouvertement dans des zones contrôlées par des gangs lourdement armés ?
Quant à la promesse de renforcer les capacités des forces de l’ordre, elle est devenue un refrain bien connu. Depuis des années, les Haïtiens entendent les mêmes engagements, pendant que la misère s’aggrave, que le chômage explose et que des milliers de familles vivent sans abri, abandonnées à leur sort. Aucun calendrier clair, aucun indicateur mesurable, aucun bilan public des actions passées n’accompagne ces nouvelles annonces.
Enfin, l’annonce de la distribution de téléviseurs et de panneaux solaires à l’occasion de la Coupe du monde 2026 sonne comme une diversion malvenue. Face à la faim, à l’insécurité et à la détresse sociale, ce type de mesure symbolique apparaît déconnecté des priorités urgentes de la population, qui réclame avant tout la sécurité, le travail et la dignité.
En définitive, ce communiqué s’inscrit dans une logique de communication politique plutôt que dans une stratégie de transformation réelle. Tant que le gouvernement se contentera de promesses sans résultats tangibles, il sera difficile de convaincre une population épuisée qu’un avenir meilleur est en construction. Aujourd’hui, pour beaucoup d’Haïtiens, l’État ne porte plus l’espoir : il se contente de discours, pendant que la crise, elle, est bien réelle et quotidienne.