Port-au-Prince, 14 février 2026 (presslakay) – La volonté affichée par le gouvernement haïtien de repositionner le tourisme comme pilier majeur du développement économique suscite autant d’espoirs que d’interrogations, dans un contexte national marqué par une insécurité persistante, des infrastructures fragilisées et une capacité d’accueil touristique en net recul.
Lors de la 36ᵉ édition des Mardis de la Nation, le ministre du Tourisme, John Herrick Dessources, a présenté une série de vingt chantiers destinés à moderniser et relancer le secteur. Parmi ces projets figurent la rénovation d’infrastructures dans le Nord, notamment à Milot et au Cap-Haïtien, ainsi que des initiatives dans le Sud et la Grand’Anse visant à réhabiliter des sites touristiques et renforcer les capacités de formation. Toutefois, plusieurs observateurs estiment que ces annonces, bien que structurantes sur le papier, peinent à convaincre face à la dégradation généralisée du climat sécuritaire, principal obstacle au développement touristique.
Le tourisme repose d’abord sur la perception de sécurité des visiteurs. Or, Haïti fait actuellement face à une crise sécuritaire majeure marquée par la prolifération de groupes armés, la multiplication des enlèvements et l’instabilité dans plusieurs zones stratégiques, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Cette situation affecte directement l’industrie hôtelière. Selon des estimations issues d’acteurs du secteur, Haïti comptait autrefois près de 300 établissements hôteliers enregistrés, mais seule une fraction d’entre eux fonctionne aujourd’hui à pleine capacité. Plusieurs hôtels ont fermé leurs portes ou réduit drastiquement leurs services, tandis que d’autres tentent de résister en se concentrant sur une clientèle locale ou diplomatique.
Au-delà de la sécurité, les défis infrastructurels demeurent considérables. Le réseau routier reliant les principaux pôles touristiques reste en mauvais état, limitant la mobilité des visiteurs et des opérateurs économiques. Le transport aérien, bien qu’encore fonctionnel dans certaines régions comme le Cap-Haïtien, souffre d’irrégularités, tandis que les services publics essentiels électricité, eau potable et gestion des déchets constituent des obstacles majeurs à l’amélioration de l’expérience touristique.
Pour attirer durablement les touristes, plusieurs éléments clés doivent être réunis : stabilité politique, sécurité renforcée, infrastructures modernes, promotion internationale cohérente et formation professionnelle adaptée. Des spécialistes du secteur soulignent également l’importance d’une planification stratégique articulée autour d’objectifs à court, moyen et long terme. À court terme, la sécurisation des corridors touristiques et la réhabilitation des infrastructures critiques apparaissent prioritaires. À moyen terme, la modernisation des transports, la structuration du parc hôtelier et la mise en place d’un cadre réglementaire attractif pour les investisseurs s’avèrent indispensables. Enfin, une vision à long terme sur vingt ans devrait intégrer la diversification des destinations, la valorisation du patrimoine culturel et environnemental ainsi que la consolidation de la gouvernance touristique.
Si le gouvernement insiste sur la décentralisation de l’offre touristique vers des régions jugées plus sûres, des experts rappellent que la cohérence et la constance des politiques publiques seront déterminantes pour restaurer la confiance des investisseurs et des voyageurs. Dans un pays doté d’un riche patrimoine historique et naturel, la relance du tourisme pourrait constituer un moteur économique majeur, mais elle demeure étroitement liée à la résolution des crises sécuritaires et structurelles qui fragilisent actuellement le pays.