La Fondasyon Je Klere (FJKL) tire la sonnette d’alarme dans un rapport publié en mars 2026. L’organisation de défense de la transparence dénonce ce qu’elle qualifie de « liquidation de la souveraineté nationale » à travers des contrats controversés et des décaissements massifs effectués par l’État haïtien au profit d’entités privées.
Un rapport qui fait l’effet d’une bombe
Dans un document d’enquête rendu public en mars 2026, la Fondasyon Je Klere (FJKL) affirme avoir mis au jour un système de décaissements jugés préoccupants au sein de l’administration publique. Selon l’organisation, plusieurs paiements effectués entre avril et novembre 2025 par le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) auraient bénéficié à différentes entités, dans des conditions qui soulèvent de nombreuses interrogations sur la gestion des fonds publics.
Le rapport évoque notamment sept décaissements majeurs, effectués à la fois en gourdes et en dollars américains, recensés dans un tableau auquel la fondation affirme avoir eu accès. Ces paiements incluraient notamment 7,25 millions de dollars versés pour l’acquisition d’un immeuble nommé “Gala Tower”, ainsi que plusieurs transferts de fonds liés à des dépenses présentées comme relevant du renseignement ou de la sécurité nationale.
Des montants colossaux liés à la sécurité nationale
La FJKL met particulièrement en lumière des paiements effectués au profit de la firme Windward Wyoming LLC, liés à un accord de sécurité conclu avec l’État haïtien. Selon les documents cités dans le rapport, des paiements totalisant plus de 20,8 millions de dollars auraient été effectués dans le cadre d’un projet baptisé « Appui à la PNH : Renforcement des capacités d’intervention de la Police nationale d’Haïti ».
Toujours selon les informations présentées, ces montants auraient été déboursés dans le cadre d’un crédit global évalué à 5 milliards de gourdes pour les exercices budgétaires 2025-2026. Deux paiements majeurs recensés en novembre 2025 représenteraient à eux seuls plus de 2,7 milliards de gourdes.
La fondation estime que ces transactions posent des questions fondamentales sur la transparence, la traçabilité des fonds publics et les mécanismes de contrôle budgétaire.
Universités et institutions également concernées
Le rapport mentionne également plusieurs transferts de 50 millions de gourdes chacun en faveur de l’Université Quisqueya, présentés comme un appui financier. D’autres paiements auraient été enregistrés pour des dépenses qualifiées d’« intelligence » ou de « renseignements », impliquant différentes entités.
Pour la FJKL, ces éléments pourraient illustrer une gestion opaque des finances publiques, dans laquelle des ressources importantes seraient mobilisées sans un niveau suffisant de transparence vis-à-vis de la population et des institutions de contrôle.
La FJKL parle de menace pour la souveraineté nationale
Dans son analyse, l’organisation va plus loin et évoque des contrats léonins susceptibles de compromettre les intérêts stratégiques du pays. Selon la fondation, certains accords pourraient conférer des avantages disproportionnés à des partenaires privés ou étrangers, au détriment de la souveraineté nationale.
L’organisation appelle ainsi les institutions de contrôle, notamment la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) et le Parlement, à examiner ces opérations financières afin d’en établir la légalité et la conformité avec les lois haïtiennes.
Une affaire aux implications politiques et économiques
Cette révélation intervient dans un contexte déjà marqué par une forte demande de transparence dans la gestion des fonds publics en Haïti. Les révélations de la FJKL pourraient raviver les débats sur la gouvernance financière, la gestion des contrats publics et la responsabilité des autorités dans l’utilisation des ressources de l’État.
Alors que les citoyens et les organisations de la société civile réclament davantage de reddition de comptes, cette affaire pourrait rapidement devenir un nouveau dossier majeur dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion des finances publiques.
Si les éléments avancés par la FJKL sont confirmés par des enquêtes officielles, ils pourraient révéler l’un des dossiers financiers les plus sensibles de ces dernières années. Mais une question demeure : qui a autorisé ces décaissements et dans quelles conditions ces contrats ont-ils été conclus au nom de l’État haïtien ?