Port-au-Prince — Depuis plusieurs années, sur de nombreuses routes d’Haïti dans la capitale comme dans plusieurs villes de province des groupes armés ont installé de véritables postes de péage illégaux. Pour circuler, les citoyens doivent payer. Cette situation, qui aurait dû provoquer une réaction immédiate de l’État, semble pourtant s’être installée dans une inquiétante normalité.
Dans plusieurs zones, ces postes fonctionnent du matin au soir, parfois même la nuit. Motocyclettes, voitures privées, transports publics : tous doivent s’acquitter d’un paiement pour passer. Dans certaines régions, les gangs contrôlent même des axes maritimes, exigeant de l’argent aux embarcations. Ce système criminel constitue aujourd’hui une économie parallèle alimentée par l’argent des citoyens. Pendant ce temps, les groupes armés renforcent leur puissance, achètent des armes et étendent leur contrôle territorial.
La question devient inévitable : comment un tel système peut-il fonctionner pendant des années sous les yeux des autorités de l’État ? Sous les yeux du directeur général ai de la Police nationale d’Haïti VladimirParaison, sous ceux du Premier ministre, Président Alix Didier Fils-Aimé, du ministre de la Défense Mario Andrésol, du ministre de la Justice et du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN). Lorsque des gangs peuvent percevoir des « taxes » sur les routes nationales sans être inquiétés, c’est l’autorité même de l’État qui est publiquement défiée.
Au-delà de la violence quotidienne enlèvements, incendies de maisons, extorsions ces péages imposés par les gangs représentent une humiliation collective pour la population. Ils montrent que, dans plusieurs territoires, la loi des armes a remplacé la loi de la République. Or un pays où les routes sont contrôlées par des groupes armés est un pays où l’économie, l’éducation, la circulation et la vie sociale sont paralysées.
Cette situation pose également une question fondamentale pour l’avenir politique du pays. Les autorités affirment vouloir organiser des élections. Mais comment organiser des élections crédibles dans un pays où les citoyens doivent payer des gangs pour circuler sur les routes ? La démocratie ne peut pas s’exercer dans un climat de peur et de contrôle armé.
L’État haïtien ne peut plus se contenter de déclarations. La population attend des actions concrètes : démantèlement des postes de péage illégaux, reprise du contrôle des routes nationales, présence policière renforcée et opérations coordonnées pour restaurer l’autorité publique. La sécurité n’est pas une option : elle est la condition indispensable au fonctionnement d’un État.
Car tant que les gangs continueront de lever leurs propres « taxes » sur les routes d’Haïti, une question demeurera posée : qui gouverne réellement le territoire haïtien aujourd’hui, l’État ou les groupes armés ?