PORT-AU-PRINCE- Lors de la célébration de la Fête de l’Inspection Générale des Finances (IGF), le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a affiché sa volonté de faire de la transparence et de la reddition des comptes les piliers de son gouvernement. Un discours de bonne gouvernance qui contraste cependant avec un décret toujours en vigueur, dont plusieurs organisations de la société civile réclament l’abrogation immédiate.
Ce texte, adopté le 1er décembre 2025 sous le Conseil présidentiel de transition (CPT) et portant sur l’organisation et le fonctionnement de la Haute Cour de Justice, a suscité une position commune de quatre organisations Nègès Mawon, Nou Pap Dòmi, la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (POHDH) et le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) qui exigent son retrait. Selon ces organisations, le décret réduit l’ULCC et les autres organes de contrôle à de simples façades institutionnelles, incapables de sanctionner les hauts fonctionnaires et dignitaires de l’État impliqués dans des détournements de fonds publics.
Devenu le chef de l’exécutif haïtien depuis la dissolution du CPT le 7 février 2026, Fils-Aimé a hérité d’un pays ravagé par la pauvreté et l’emprise des gangs, avec pour feuille de route sécurité, dialogue politique et organisation des élections.
Dans ce contexte, le maintien d’un décret affaiblissant les mécanismes de lutte anticorruption est perçu par la société civile comme une contradiction flagrante avec les engagements publics du chef du gouvernement. Le RNDDH a d’ailleurs rappelé à Fils-Aimé ses propres mots : lors de son adresse à la Nation du 7 février 2026, il s’était engagé à lutter contre la corruption et l’impunité et à œuvrer pour l’établissement d’un État de droit démocratique en Haïti.
La crédibilité du Premier ministre se joue désormais sur ce dossier précis : tant que le décret du 1er décembre 2025 restera lettre de loi, ses proclamations en faveur de la transparence risquent de sonner creux aux yeux de ceux qui, en Haïti comme dans la diaspora, attendent des actes.