Éditorial – Haïti : des aéroports miniatures pour un pays qui devrait penser grand

Éditorial - Haïti : des aéroports miniatures pour un pays qui devrait penser grand

En Haïti, on ne manque pas de communiqués. On ne manque pas non plus de visites officielles, de promesses de modernisation et de discours sur les “standards internationaux”. Mais ce que le pays continue cruellement de manquer, c’est une vision.

La récente visite du ministre des Travaux publics à l’aéroport Antoine Simon des Cayes s’inscrit dans cette logique bien connue : montrer que l’État agit. Pourtant, derrière les mots soigneusement choisis “sécurité”, “réhabilitation”, “partenariats public-privé” , une réalité persiste, brutale : Haïti, en 2026, ne possède toujours pas un système aéroportuaire digne de ses ambitions, ni même de ses besoins.

Le problème n’est pas technique. Il est politique. Il est stratégique. Et surtout, il est mental.

Depuis des années, les autorités semblent s’être résignées à construire petit pour un pays qui devrait penser grand. On multiplie les aéroports sous-dimensionnés, on investit dans des infrastructures incapables d’accueillir de gros avions commerciaux, on dépense des ressources rares pour des projets qui, au final, ne changent rien à la position du pays dans la région. Résultat : Haïti reste enclavée, dépendante, marginalisée.

Pendant ce temps, ailleurs dans la Caraïbe, des pays comparables ont fait des choix clairs : développer de véritables hubs aériens, attirer les compagnies internationales, structurer le transport de passagers et de marchandises, connecter leur économie au monde. Haïti, elle, continue de bricoler.

Ce bricolage a un coût. Un coût financier, d’abord. Car construire plusieurs petites infrastructures inefficaces revient souvent plus cher, à long terme, que d’investir intelligemment dans quelques projets structurants. Mais aussi un coût économique : sans aéroports performants, pas de tourisme compétitif, pas de logistique fiable, pas d’attractivité pour les investisseurs. Et enfin, un coût symbolique : celui d’un État qui donne l’impression de gérer sans jamais transformer.

Le plus inquiétant, c’est cette normalisation de la médiocrité. À force d’annoncer des “avancées” qui n’en sont pas vraiment, on finit par abaisser les standards nationaux. On célèbre des réhabilitations temporaires comme des victoires. On confond conformité minimale et ambition stratégique. On s’habitue à l’idée que “c’est déjà ça”.

Non. Ce n’est pas suffisant.

Haïti ne peut pas se permettre une politique aéroportuaire à moitié pensée. Elle a besoin d’un véritable tournant : un plan national clair, des choix assumés, des investissements ciblés, et surtout une volonté politique de rompre avec la logique du saupoudrage. Le pays a besoin d’au moins un pôle aéroportuaire majeur, moderne, sécurisé, capable d’accueillir des vols internationaux de grande capacité et de soutenir une stratégie économique globale.

Les partenariats public-privé, souvent évoqués, ne seront utiles que si l’État sait où il va. Sans vision, ils ne feront que reproduire les mêmes erreurs, à une autre échelle.

Au fond, la question dépasse les aéroports. Elle touche à l’avenir même du pays. Veut-on continuer à gérer l’existant, à colmater, à improviser ? Ou veut-on enfin construire des infrastructures qui transforment réellement Haïti ? Car à force de penser petit, Haïti risque de rester petite dans les grandes décisions du monde. Et pourtant, elle mérite infiniment mieux.

Robenson Brutus

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