Haïti-Sécurité : la PNH se félicite d’un rapport ONU qui reconnaît des avancées, mais les experts jugent les progrès « fragiles »

Haïti-Sécurité : la PNH se félicite d'un rapport ONU qui reconnaît des avancées, mais les experts jugent les progrès « fragiles »

PORT-AU-PRINCE — La Police nationale d’Haïti (PNH) a salué, vendredi 17 avril 2026, la publication d’un récent rapport d’experts des Nations Unies sur la situation sécuritaire dans le pays. Dans une note officielle publiée depuis son siège de Tabarre, l’institution affirme prendre acte « avec satisfaction » de cette appréciation internationale de ses efforts sur le terrain. Mais le même rapport souligne que les progrès obtenus demeurent « fragiles ».

Ce que dit le rapport ONU

Publié le 15 avril 2026, ce rapport d’experts onusiens reconnaît que les opérations des forces de l’ordre haïtiennes ont réussi à freiner l’expansion des gangs dans la capitale. Ses auteurs tempèrent cependant immédiatement ce constat : les avancées restent fragiles face à des groupes armés qui ont déjà adapté leurs tactiques. Les experts notent que les gangs ont profité des dommages collatéraux des opérations antigangs pour renforcer leur emprise sur la population, en prenant en charge enterrements et frais médicaux des victimes.

Ce rapport s’inscrit dans la suite d’un précédent document du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, publié fin mars, qui faisait état de 5 519 morts liés aux violences de gangs entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026.

Ce que met en avant la PNH

Dans sa note, la PNH cite plusieurs résultats concrets : l’affaiblissement de groupes armés sur certains axes stratégiques, le renforcement de la lutte contre la corruption interne, les opérations menées contre les enlèvements et la contrebande, ainsi que des saisies d’armes et de munitions dans les ports du Nord et aux frontières. L’institution attribue ces avancées au courage de ses agents, au soutien du gouvernement haïtien et à l’appui de ses partenaires nationaux et internationaux. Elle insiste également sur le fait que ces opérations se déroulent dans le respect des droits humains.

Un contexte sécuritaire toujours alarmant

Ce satisfecit institutionnel intervient dans un contexte sécuritaire que l’ONU qualifie elle-même de catastrophique. Les groupes criminels contrôlent toujours environ 90 % de Port-au-Prince et sa zone métropolitaine, et ont étendu leur emprise aux départements de l’Artibonite, du Centre et du Nord-Ouest.

Depuis le 1er avril 2026, la Force de répression des gangs (FRG), composée d’environ 5 550 hommes, est officiellement opérationnelle en Haïti avec le soutien logistique du Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (UNSOH). Cette nouvelle force internationale, qui succède à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, est censée appuyer la PNH dans sa lutte contre les groupes armés.

Par ailleurs, le 15 avril 2026, la coordinatrice humanitaire de l’ONU, Nicole Kouassi, a annoncé le déblocage de 140,5 millions de dollars d’aide humanitaire pour Haïti, dans un contexte où 6,4 millions de personnes ont besoin d’assistance et près de 6 millions font face à l’insécurité alimentaire.

Des ombres que l’ONU n’occulte pas

Si la PNH se félicite de la reconnaissance internationale de ses efforts, les rapports onusiens soulèvent également des questions sur les méthodes employées. Selon Human Rights Watch, certaines unités de police haïtienne auraient procédé à 174 exécutions sommaires entre janvier et septembre 2025, et le bureau des affaires internes de la PNH avait ouvert 90 enquêtes pour usage potentiellement excessif de la force à la même période.

En saluant ce rapport des Nations Unies, la PNH cherche à transformer une reconnaissance internationale partielle en levier de crédibilité nationale. Mais les mêmes experts qui reconnaissent ses efforts rappellent que les progrès restent fragiles, réversibles, et que la bataille contre les gangs est loin d’être gagnée.

Robenson Brutus

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