TPS aux États-Unis : Haïti et le Venezuela représentent 72 % des bénéficiaires, la protection reste fragilisée

TPS aux États-Unis : Haïti et le Venezuela représentent 72 % des bénéficiaires, la protection reste fragilisée

WASHINGTON, 20 juillet 2026 (Presslakay) — Près de 1,3 million de ressortissants de 17 pays bénéficiaient du Statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis au 31 mars 2025, selon les données de l’USCIS compilées par le Congressional Research Service. Haïti et le Venezuela concentraient à eux seuls 935 750 de ces bénéficiaires, soit 72,1 % du total national de 1 297 640 personnes. Depuis, l’administration américaine a mis fin ou tenté de mettre fin à plusieurs désignations, provoquant une succession de recours judiciaires, de suspensions et de prolongations techniques.

Un mécanisme de protection temporaire, pas d’immigration permanente

Créé par le Congrès dans le cadre de la loi sur l’immigration de 1990, le TPS permet au secrétaire à la Sécurité intérieure d’accorder une protection temporaire aux ressortissants de pays frappés par une guerre, une catastrophe naturelle ou d’autres conditions extraordinaires empêchant un retour sûr. Les bénéficiaires sont protégés contre l’expulsion et peuvent demander une autorisation de travail, mais le programme n’accorde ni résidence permanente, ni carte verte, ni citoyenneté. Chaque demande est examinée individuellement selon les critères propres à chaque désignation.

Venezuela : la première population concernée

Le Venezuela comptait 605 015 bénéficiaires au 31 mars 2025 environ 252 825 sous la désignation de 2021 et 352 190 sous celle de 2023 soit 46,6 % de l’ensemble des titulaires du TPS. Cette protection avait été accordée en raison de la crise politique, économique, humanitaire et institutionnelle que traverse le pays. Les deux désignations font l’objet de longues batailles judiciaires ; certains documents délivrés avant le 5 février 2025 sous la désignation de 2023, avec une expiration au 2 octobre 2026, pourraient conserver leur validité selon l’issue des procédures en cours.

Haïti : un quart de la population TPS

Haïti comptait 330 735 bénéficiaires, soit environ un quart du total. Le pays avait d’abord été désigné après le séisme du 12 janvier 2010, avant plusieurs extensions justifiées par l’aggravation de la crise politique, sécuritaire, économique et humanitaire. Le Département de la Sécurité intérieure a cherché à mettre fin au TPS haïtien ; plusieurs décisions judiciaires en ont retardé l’application, avant que la Cour suprême ne limite, en juin 2026, la capacité des tribunaux fédéraux à examiner certaines contestations des décisions du secrétaire à la Sécurité intérieure. Au 20 juillet 2026, le dossier haïtien resterait soumis à un calendrier technique et judiciaire susceptible d’évoluer.

El Salvador, Ukraine, Honduras : des situations contrastées

El Salvador comptait 170 125 bénéficiaires, sous une désignation remontant à 2001 après deux séismes dévastateurs ; sa protection a été prolongée jusqu’au 9 septembre 2026. L’Ukraine comptait 101 150 bénéficiaires, désignée en 2022 après l’invasion russe, avec une prolongation jusqu’au 19 octobre 2026 — un dispositif distinct du programme humanitaire Uniting for Ukraine. Le Honduras, désigné depuis 1999 après l’ouragan Mitch, comptait 51 225 bénéficiaires ; sa désignation a expiré en septembre 2025 après plus de 25 ans de prolongations.

Programmes suspendus par la justice

Plusieurs pays ont vu leur désignation officiellement supprimée par le DHS, avant qu’un tribunal fédéral n’en suspende l’application dans l’attente d’une décision définitive : l’Éthiopie (4 540 bénéficiaires), la Syrie (3 860, avec des estimations ultérieures autour de 6 000 personnes potentiellement concernées), le Myanmar (3 670), le Yémen (1 380), la Somalie (705) et le Soudan du Sud (210). Dans ces dossiers, l’USCIS aurait recours à des prolongations techniques de courte durée pour éviter une interruption immédiate des autorisations de travail pendant le contentieux.

Désignations déjà expirées ou en cours de traitement

L’Afghanistan (8 105 bénéficiaires), le Népal (7 160) et le Cameroun (4 920) ont vu leur désignation prendre fin en 2025 malgré des recours judiciaires. Le Nicaragua (2 910), désigné depuis 1998 après l’ouragan Mitch comme le Honduras, a suivi la même trajectoire. Le Soudan (1 790) bénéficie en revanche d’une prolongation jusqu’au 19 octobre 2026. Le Liban (140 bénéficiaires, la plus petite population des 17 pays), faute de décision publiée dans les délais, a vu sa désignation automatiquement prolongée du 28 mai au 27 novembre 2026 ; son nombre de bénéficiaires aurait pu augmenter depuis, l’USCIS continuant de traiter des demandes.

Des chiffres à interpréter avec prudence

Les données citées correspondent au dernier relevé complet disponible, arrêté au 31 mars 2025, et ne constituent pas un recensement en temps réel. Depuis cette date, des bénéficiaires pourraient avoir obtenu un autre statut, quitté le territoire américain, perdu leur admissibilité ou vu leur situation modifiée par une décision judiciaire spécifique. Il conviendrait par ailleurs de distinguer le nombre de personnes potentiellement admissibles, celui des demandes déposées et celui des bénéficiaires effectivement approuvés une nuance souvent absente des annonces officielles évoquant des centaines de milliers de personnes « concernées ».

Ce qu’il faut retenir

Le TPS traverserait l’une des périodes les plus instables de son histoire. En ajoutant El Salvador, l’Ukraine et le Honduras au duo vénézuélo-haïtien, les cinq principales nationalités représentaient environ 97 % de toute la population TPS américaine. Toute décision touchant les dossiers vénézuélien et haïtien à eux seuls plus de 935 000 personnes pourrait donc affecter des centaines de milliers de travailleurs et de familles installés aux États-Unis. Presslakay recommande aux bénéficiaires de vérifier régulièrement la page officielle de l’USCIS correspondant à leur pays d’origine, la catégorie inscrite sur leur EAD, sa date d’expiration et les dernières ordonnances judiciaires applicables.

Robenson Brutus

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