Plus de 80 millions de dollars engagés. Seize années écoulées depuis le séisme de 2010. Et pourtant, le plus grand hôpital public du pays reste inachevé et fermé. Les incertitudes persistantes autour du financement de la reconstruction de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) dépassent le simple cadre d’un chantier interrompu. Elles révèlent les profondes failles de la gouvernance publique et posent une question que plus personne ne peut esquiver : qui rendra enfin des comptes au peuple haïtien ?
Pendant des années, les Haïtiens ont entendu les mêmes promesses. La reconstruction de l’Hôpital général devait symboliser la renaissance du système de santé après le séisme du 12 janvier 2010. Ce projet devait offrir un établissement moderne, capable de former les futurs médecins, de traiter les cas les plus complexes et de répondre aux urgences d’une population en constante croissance.
Aujourd’hui, cette promesse ressemble davantage à un monument de l’échec institutionnel.
Le chantier accumule les retards depuis 2019, faute de financement suffisant, alors même que les travaux avaient atteint un taux d’achèvement avancé. À cela s’ajoute, depuis février 2024, la fermeture pure et simple de l’hôpital à la suite d’attaques armées contre le centre-ville de Port-au-Prince. Deux crises distinctes l’une financière et administrative, l’autre sécuritaire se superposent et aggravent une même réalité : des millions d’Haïtiens privés de leur principal centre hospitalier de référence.
Lorsqu’un chantier aussi stratégique s’enlise pendant si longtemps, cela oblige à s’interroger sur la gestion du projet, sur la coordination entre les partenaires et sur l’utilisation des ressources déjà mobilisées.
La question essentielle n’est plus de savoir qui financera les prochaines étapes. La véritable question est : comment plus de seize années ont-elles pu s’écouler sans que ce projet vital n’aboutisse ?
Pendant ce temps, les conséquences sont bien réelles. Les patients continuent d’être orientés vers des structures déjà saturées. Les étudiants en médecine poursuivent leur formation dans des conditions précaires. Les professionnels de santé travaillent avec des moyens limités. Et les familles haïtiennes paient chaque jour le prix d’un système hospitalier incapable de répondre pleinement à leurs besoins.
Le plus inquiétant reste l’absence de véritables mécanismes de reddition de comptes. Plus de 80 millions de dollars ont déjà été engagés dans ce projet. Pourtant, le public connaît encore très peu de choses sur l’état précis des dépenses, les retards accumulés, les responsabilités administratives ou les obstacles qui empêchent l’achèvement des travaux.
Haïti ne peut plus se satisfaire de déclarations de circonstances. Chaque dollar investi dans la santé publique représente un engagement envers des millions de citoyens. Lorsque ces investissements ne produisent pas les résultats attendus, il devient impératif de faire toute la lumière sur les décisions prises, les erreurs commises et les responsabilités de chacun.
La reconstruction de l’Hôpital général ne doit pas devenir le symbole permanent d’un pays où les projets commencent, où les financements arrivent, mais où les résultats n’atteignent jamais la population.
Au-delà des partenaires internationaux, c’est d’abord à l’État haïtien qu’il appartient de reprendre le leadership de ce dossier. Les citoyens sont en droit d’exiger un calendrier réaliste, un audit transparent, une communication régulière et un engagement clair pour achever enfin cette infrastructure essentielle.
Parce qu’un hôpital n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental.
Et tant que l’Hôpital général restera un chantier inachevé, c’est toute la crédibilité de la gouvernance publique qui continuera d’être mise à l’épreuve.
La Rédaction de Presslakay