Nostalgique à la grandeur d’antan de cette festivité, la composition revendique une Noël d’amour et des cadeaux pour les enfants. Devrais-je dire que j’ai souvent rencontré ce caquet de complaintes qui consiste à dire qu’hier était mieux. Le compositeur se livre t-il dans une fiction méthodologique pour récuser ce présent grotesque? Serait-il une démarche anthropomorphique dans l’acte de la parole pour s’identifier au monde et faire parler le monde en étant écho sonore? Moi, personnellement et beaucoup d’autres de ma génération post-duvaliériste, depuis que nous avions commencé à tâtonner et jusqu’à nos jours, nous n’avons jamais vécu de différent. Rien n’a changé…
La Noël détourne de sa dimension religieuse. C’est-à-dire, les Marchands capitalistes l’accaparent pour mieux tirer profit. Ils la désacralisent dans une certaine mesure. Ce que comprend le compositeur quand il rejette le consensus de la croyance pour garder l’aspect d’echange et de l’amour qui attestent une fonction pragmatique. En d’autres termes, cette fête créée par le Christianisme s’infiltre aisément dans le système capitaliste puisque cette dernière est la premiere institution qui a mis sur pied ce système avec sa pensée de salut avec les huguenots ou encore les calvinistes. Cela lui appert un État Totem dans une dynamique chamanique comme celui du peuple haïtien qui mime tout, antagonique à tout progrès de l’être collectif. En ce sens, les enfants, ceux qui sont ciblés dans le texte, n’aurons jamais cette Noël rêvée puisque l’argent du Petro Caribe qui était destiné à développer le pays est dilapidé et que ces derniers devront payer sur trente ans. Qui pis est, aucun signal n’est donné au niveau des autorités pour faire restituer cet argent et punir les coupables en dépit les manifestations pacifiques de la population. Même si, dans le cas contraire, ils préféraient gratifier l’acte chiliastique à leurs paires au détriment des dirigés passifs économiquement…
Tout comme le capitaliste nous mate en nous proposans les réseaux sociaux comme élément de culture pour tisser les liens amicaux, érigé en une communauté « friends » et qui soient favorables comme l’enfant qui écoute la voix de sa mère dans l’intra-utérine, pourtant leur véritable mission se trouve en arrière-fond qui est celui de la publicité. C’est de même cette chanson qui se veut-être apolitique tient un rapport direct avec la politique du fait qu’elle questionne l’économie en soubassement même si qu’elle invite à fêter. C’est-à-dire, la responsabilité morale et traditionnelle impose à la chanson d’évoquer des souhaits qui ne seraient en aucun cas performatifs. Mais du seul fait que l’allocutaire se met dans la position de croire en cette parole énoncée, elle lui sera gratifiante passagèrement pour mieux sublimer ce présent délabré, celui-ci qui recommence à chaque fin de mime.
Les cadeaux sont encore loin puisque les parents ne savent quel Saint se vouer pour subvenir aux besoin de leurs enfants face à cette misère sociale. La situation est récurrente et malsaine. La misère bat son plein. Dans un prisme casuistique inspiré de cette festivité religieuse, Il reste seulement aux parents d’inculquer aux enfants l’amour de la patrie pour qu’ils deviennent des citoyens honnêtes et crédibles, aspirés au progrès de la société, avec un sentiment d’abnégation et de commisération tout comme l’enfant mythique de la Noël était sacrifié pour apporter la redemption au monde chrétien…
L’autisme politique tronqué essaie tout simplement de faire abstraction de la réalité et la dresser sous une autre forme, plus subtile.
Orso Antonio DORÉLUS