Haïti : l’inquiétude augmente face à la multiplication des groupes d’autodéfense et leur mode opératoire

Haïti : l’inquiétude augmente face à la multiplication des groupes d’autodéfense et leur mode opératoire

Si les violences perpétrées par les gangs armés criminels s’intensifient ces dernières semaines, les réponses faites par ce qu’on appelle les groupes d’autodéfense en nette augmentation dans la région métropolitaine ainsi que dans certaines villes de province revêtent une cruauté sans bornes au point d’ inquiéter des organismes de droits humains

Salué un premier temps par la Police Nationale d’Haïti (PNH), puis par les autorités haïtiennes, le mariage police-population est perçu comme le schéma d’une collaboration parfaite pour combattre l’insécurité qui persiste dans le pays. Depuis que ses résultats avaient été constatés par plus d’un lors de l’intervention policière à Canapé-Vert, en avril 2023, où plusieurs présumés bandits notoires ont été lynchés par la population, cette pratique d’autodéfense par laquelle le citoyen se donne justice lui-même est devenue la norme.

Dans chaque quartier de Port-au-Prince ciblé par les gangs armés criminels, un groupe d’autodéfense composé des résidents s’y trouve, et travaille de mèche avec les forces de l’ordre. Après que ces dernières eu interpellé des présumés bandits, le groupe ne s’empêche pas pour réclamer les assaillants qui connaîtront à coup sûr le pire moment de leur vie. Ils seront battus, décapités avant d’être brûlés, parfois vifs. Un mode opératoire qui fait son bout de chemins dans la capitale haïtienne comme dans plusieurs autres villes de province.

Des étrangers victimes dans la foulée

À Delmas 32, une localité de l’aire métropolitaine prise pour cible par des individus lourdement armés membres de la coalition criminelle Viv Ansanm, la population civile a déserté la zone laissant quelques résidents qui ne partagent pas l’idée d’abandonner leurs domiciles, de la défendre à n’importe quel prix. Désormais, dans cette localité, les étrangers ne sont pas les bienvenus encore moins s’ils ne sont pas en mesure de s’identifier ou encore d’avoir comme référence une figure connue. Dans le cas contraire, ils n’échapperont pas à la justice expéditive communément appelée « Bwa Kale ».

À Petite-Rivière de l’Artibonite, une commune du département de l’Artibonite, qui avait été contrôlée durant deux ans par le gang armé Gran Grif, la Police Nationale d’Haïti (PNH) avait réussi à reprendre le contrôle de la zone après plusieurs interventions musclées. Suite à ces dernières, plusieurs résidents ont rejoint des groupes d’autodéfense prétextant consolider la présence des forces de l’ordre dans la zone. Ils en profitent pour traquer puis éliminer tous ceux qu’ils jugent être de connivence avec les assaillants. Même une marchande de spaghetti considérée de la sorte n’a pas été épargnée.

Les lignes s’amincissent entre les bandits criminels et les groupes d’autodéfense

Face à cette situation, des organismes internationaux de défense des droits humains n’ont pas caché leur inquiétude. Romain Le Cour, expert senior à la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, une organisation de la société civile basée en Suisse, a déclaré que le massacre dans la région de l’Artibonite et le meurtre de personnes âgées à Port-au-Prince « soulèvent des questions sur la frontière floue entre la police et les groupes d’autodéfense ».

« Il est alarmant de constater que ces derniers mois, le gouvernement et la police ont vanté les mérites de ce qu’ils décrivent comme un mariage police-population. C’est une dynamique terriblement dangereuse, sachant que de nombreux gangs actuels ont commencé comme groupes d’autodéfense, et elle envoie le message que l’État et sa police ne sont pas en mesure d’assurer la sécurité publique. » a-t-il expliqué à Miami Herald.

Les groupes d’autodéfense en nette augmentation

Cette année, le nombre d’unités d’autodéfense, qui ont remplacé la sécurité policière dans des dizaines de quartiers de la capitale, a explosé. Ces groupes se sont constitués ou renforcés à mesure que les bandes de prennent pour cibles de nouveaux territoires. Ce mode opératoire qui avait débuté à Canapé-Vert s’est répandu un peu partout dans la région métropolitaine limitant davantage la circulation des personnes et des biens.

« Avec le développement des brigades d’autodéfense, en plus de la fragmentation territoriale croissante des gangs, Haïti assiste à une situation où les acteurs armés de type milices se multiplient et prennent de plus en plus le contrôle des fonctions gouvernementales », a déclaré Le Cour.

Alors que les autorités concernées, dans leur incapacité à trouver de bonnes formules pour résoudre la crise sécuritaire, sont obligées de se conformer avec le mariage police-population, provoquant la multiplication des groupes d’autodéfense un peu partout dans le pays pour combattre l’insécurité persistante, ces derniers utilisent un mode opératoire qui ne diffère pas de celui des gangs armés criminels, et mettent en danger des innocents.

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