L’Édito | 10 octobre 2025
Le Conseil des ministres tenu ce jeudi au Palais National, au Champs de Mars, aurait pu virer au carnage. Des individus lourdement armés ont semé la panique, forçant les conseillers-présidents et les membres du gouvernement de transition à fuir précipitamment. Ce spectacle tragique, digne d’un film de guerre, illustre une fois de plus l’effondrement total de l’autorité étatique en Haïti.
Un symbole républicain devenu zone de guerre
Il est huit heures à Port-au-Prince. Le Champs de Mars, jadis lieu de rassemblement populaire et symbole du pouvoir républicain, est désormais dominé par un silence de cimetière, ponctué par les crépitements d’armes automatiques. Depuis que les gangs ont pris le contrôle de cette zone stratégique, l’État n’y est plus qu’un fantôme.
Et pourtant, dans une tentative désespérée de communication politique, le gouvernement de transition a voulu orchestrer un « retour symbolique » au cœur de la capitale. Une réunion ministérielle, présentée comme un acte fort de reprise du territoire, s’est transformée en fuite humiliante sous les balles. Les images des cortèges criblés de projectiles circulent sur les réseaux sociaux, rappelant à tous que la République est en lambeaux.
Une mascarade politique sous haute tension
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait annoncé fièrement que cette réunion marquait « une étape déterminante dans la reprise du contrôle de l’État ». Mais quel contrôle ? Quelle reprise ? Quand les ministres eux-mêmes doivent courir pour sauver leur peau, que reste-t-il de la souveraineté nationale ?
Ce nouvel épisode tragique s’ajoute à une longue série de fiascos gouvernementaux. En décembre dernier, lors d’une visite officielle à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), plusieurs journalistes ont été pris pour cible dans une embuscade sanglante. L’État, incapable de garantir la sécurité de ses citoyens, devient complice par son inaction.
Un gouvernement déconnecté, corrompu et inefficace
Ce gouvernement de transition, censé incarner l’espoir d’un redressement national, s’enlise dans l’improvisation, la propagande et le mépris du peuple. Il adopte des budgets sans consultation, promet des élections sans sécurité, parle d’agriculture sans infrastructures. Pendant ce temps, les écoles ferment, les hôpitaux s’effondrent, et les citoyens fuient ou meurent.
La corruption gangrène chaque niveau de l’administration. Les fonds publics disparaissent dans des circuits opaques, les postes sont attribués par favoritisme, et les décisions sont prises dans l’opacité la plus totale. Le peuple haïtien, lui, continue de crier, de souffrir, de résister mais ses cris restent sans écho.
Le peuple mérite mieux
Haïti ne manque ni de courage, ni de talents, ni de ressources humaines. Ce qui lui manque, c’est un leadership honnête, compétent et visionnaire. Ce gouvernement de transition, comme tant d’autres avant lui, a échoué à incarner cette vision. Il est temps que les citoyens exigent des comptes, que la société civile se mobilise, et que la communauté internationale cesse de cautionner l’inacceptable.
Le Conseil des ministres du Champs de Mars n’est pas un symbole de reprise. C’est le symbole d’un pouvoir en déroute, d’un État en faillite, et d’un peuple abandonné.