Assassinat de Jovenel Moïse : Martine Moïse met en cause plusieurs figures politiques et économiques

De gauche à droite : l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, le président assassiné Jovenel Moïse (au centre, en haut), son épouse Martine Moïse (en bas, à gauche), l'ancien président Michel Martelly (en bas, au centre) et l'homme d'affaires Réginald Boulos (en bas, à droite). Martine Moïse a publiquement mis en cause ces quatre personnalités dans le complot ayant conduit à l'assassinat de son époux le 7 juillet 2021.

PORT-AU-PRINCE, (Presslakay) —Près de cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, sa veuve Martine Moïse a publiquement mis en cause plusieurs figures politiques et économiques haïtiennes, les soupçonnant d’avoir été impliquées dans le complot ayant conduit à la mort de son époux le 7 juillet 2021.

Dans une déclaration au ton ferme, l’ancienne Première dame a cité les noms des anciens présidents Michel Joseph Martelly et Jean-Bertrand Aristide, ainsi que ceux des hommes d’affaires Réginald Boulos et Dimitri Vorbe. Ces accusations, formulées en l’absence de toute décision judiciaire définitive les visant, interviennent alors que le procès fédéral de quatre suspects dans ce dossier se poursuit à Miami.

Concernant Réginald Boulos, Martine Moïse a évoqué des différends liés à la résiliation de contrats avec l’État haïtien, affirmant que l’homme d’affaires aurait lancé au président Moïse une menace à peine voilée. Aucune preuve judiciaire publique n’établit à ce stade une responsabilité pénale de M. Boulos dans l’assassinat.

Elle a également cité Dimitri Vorbe, en rappelant le conflit entre l’État haïtien et la société Sogener autour du secteur de l’électricité. Ce bras de fer, très médiatisé sous la présidence Moïse, aurait selon elle créé une animosité profonde et un possible mobile financier. Ces affirmations demeurent des accusations attribuées à Martine Moïse et non des conclusions judiciaires.

L’un des points les plus sensibles de sa déclaration concerne Michel Joseph Martelly. L’ancienne Première dame s’interroge sur la composition de la garde rapprochée de son époux, qu’elle présente comme largement constituée d’anciens agents de sécurité liés à l’ex-président. Elle souligne qu’aucun de ces agents n’a été tué ni blessé lors de l’attaque contre la résidence présidentielle dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, alimentant selon elle le soupçon d’une possible complicité interne.

Martine Moïse a par ailleurs affirmé que le nom de Jean-Bertrand Aristide aurait été mentionné lors d’une réunion secrète liée à la planification de l’attentat. Cette affirmation, extrêmement grave, n’a été corroborée par aucun élément judiciaire rendu public.

Aux États-Unis, quatre hommes sont jugés à Miami pour leur rôle présumé dans le complot. Selon l’Associated Press, l’accusation soutient que l’opération aurait été en partie organisée depuis la Floride, avec des motivations liées au pouvoir et à des intérêts financiers. La défense conteste cette lecture et pointe les failles de l’enquête haïtienne.

L’ombre de Joseph Félix Badio, ancien responsable haïtien détenu à Port-au-Prince depuis 2023, continue de planer sur l’affaire. Des témoignages récents au procès de Miami l’ont décrit comme ayant joué un rôle actif dans la préparation de l’opération, notamment en lien avec des mercenaires colombiens.

Pour une partie de l’opinion publique haïtienne, l’enjeu dépasse désormais la condamnation des exécutants : la crainte est de voir les commanditaires politiques ou financiers, s’ils existent, rester hors d’atteinte, tandis que la justice haïtienne demeure paralysée par l’insécurité et la crise institutionnelle.

En relançant publiquement ces accusations, Martine Moïse remet la question des commanditaires au centre du débat national. Dans un dossier aussi explosif, seule une enquête judiciaire indépendante, appuyée sur des preuves vérifiables, permettra de distinguer les soupçons politiques des responsabilités pénales établies.

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